Elles font bouger le protestantisme: Lauriane Savoy et Elisabeth Parmentier

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Lauriane Savoy et Elisabeth Parmentier
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Elles font bouger le protestantisme: Lauriane Savoy et Elisabeth Parmentier

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Lauriane Savoy et Elisabeth Parmentier: ces deux théologiennes à l’Université de Genève prônent une approche critique des textes bibliques, longtemps lus de manière sexiste. Sans tomber dans le simplisme.

Interroger les textes bibliques – notamment les plus misogynes –, les replacer dans leur contexte. Et revisiter la place des femmes et l’égalité dans la tradition chrétienne. C’est la démarche qui guide le travail de Lauriane Savoy et Elisabeth Parmentier. Elle a abouti à Une bible des femmes (Labor et Fides, 2018), ouvrage réalisé avec la théologienne Pierrette Daviau, qui donne notamment lieu à une série dans Réformés (p. 22-23). Et qui s’inscrit dans une longue tradition de lectures féministes des textes bibliques, de la Woman’s Bible d’Elizabeth Cady Stanton (1895) aux lettres des sœurs Grimké. «Dans la recherche biblique, les femmes ont apporté des perspectives innovantes, repris des textes dans leur langue originale, questionné des acquis, des traductions… et valorisé des femmes oubliées, y compris par l’histoire du christianisme», rappelle Elisabeth Parmentier. Elle en est convaincue, les perspectives des femmes sont essentielles pour renouveler l’interprétation des textes. Même si, elle en est consciente, être une femme ne suffit pas à être féministe. Et appartenir à une Eglise conservatrice n’empêche pas de se rebeller contre la tradition, comme l’ont fait les sœurs Grimké aux Etats-Unis au XIXe siècle.

L’exigence et le refus des étiquettes caractérisent sa démarche tout comme celle de Lauriane Savoy. «On ne peut pas projeter nos questions et attentes dans les textes bibliques. On ne peut pas faire de Jésus un féministe ou de Paul un misogyne. La préoccupation de leur époque n’était pas l’abolition du statut social. Il faut être plus prudent et plus exigeant intellectuellement», précise Lauriane Savoy, consciente qu’«on lit toujours les textes depuis notre point de vue, dans une société comportant des rapports de pouvoirs qui influent sur notre manière de lire».

Si les lectures féministes ouvrent une perspective neuve sur nombre de textes (voir nos articles en ligne), d’autres résistent toujours à une relecture plus égalitaire, comme ce passage de la 1re épître à Timothée, chap. 2, verset 15, qui contredit le message chrétien du salut en Christ puisqu’il explique que les femmes doivent garder le silence et seront ‹sauvées par leur maternité . Faudrait-il un ‹Vatican II› pour débarrasser le corpus chrétien de ses éléments les plus violents ou inégalitaires? «Non. Il faut faire avec et comprendre. Ces textes ont toujours quelque chose à nous apporter si on peut les travailler. D’autant plus que la science avance et nous permet d’approfondir nos connaissances», assure Lauriane Savoy. Aujourd’hui, elle analyse le pastorat féminin. Au XXe siècle, ce n’est pas une lecture biblique patriarcale qui a retardé son apparition. «Dans le débat, ce qui posait problème, c’est que la femme puisse être mère. Or maternité et pastorat n’étaient pas vus comme compatibles.» L’Eglise protestante était tributaire des mentalités de son temps, ce qui l’a conduite à ouvrir petit à petit toutes les fonctions (dont le pastorat) aux femmes.

Retrouvez les interviews d’Elisabeth Parmentier et Lauriane Savoy ici.

Exposé

De Lauriane Savoy sur l’ouverture du pastorat aux femmes, le 14 juin, de 11h30 à 12h15 au Lab (temple de Plainpalais), Genève.