Apprendre la peur

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Camille Andrès
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Apprendre la peur

EDITO
Le coronavirus a bouleversé nos vies et réveillé nos inquiétudes les plus profondes. La journaliste Camille Andres nous parle des mécanismes de peurs qui se sont insinués dans les sociétés contemporaines.

A l’heure où nous mettons sous presse cette édition, le coronavirus vient d’être classé comme pandémie. Peut-être qu’au moment où vous tenez ce numéro dans vos mains, la Suisse atteint le pic de ce phénomène unique dans l’histoire contemporaine. 

Sans doute avez-vous déjà tout lu ou discuté. Oui, le virus plus que n’importe quel autre dysfonctionnement de la mondialisation exacerbe nos fragilités, souligne notre interdépendance, notre part de responsabilité envers autrui. Nous sommes des êtres de liens, que celles et ceux qui ont vécu une quarantaine lèvent la main! 

Ici, à la rédaction, c’est la peur qui nous a étonné·e·s. Saine conseillère lorsqu’elle est informée, basée sur des faits, elle catalyse la méfiance et l’agressivité quand elle est nourrie par les seules émotions ou des faits erronés, partiels, voire périmés. L’accès à la bonne information est, là aussi, devenu stratégique. 

Individuelle, la peur isole, nous afflige. Ici comme ailleurs, nous avons beaucoup échangé pour nous en décharger, la mettre à distance, l’objectiver, en rire, même! Collective, elle nous rend manipulables, s’instrumentalise, justifie bien des excès… Le coronavirus n’est qu’une des craintes qui hantent nos quotidiens, comme l’illustre l’excellent festival genevois Histoire et Cité qui avait choisi ce thème pour son édition 2020, depuis annulée. La destruction de la la biomasse, la crise climatique, nous fait aujourd’hui entrer dans des ères inconnues, effrayantes à bien des égards. Comprendre l’origine et les mécanismes de nos peurs permet d’en faire des instruments de vigilance, de sagacité, d’ouverture et d’action.