« Notre tâche est de donner de l’espoir quand il n’y en a plus »

Rima Nasrallah, pasteure au centre de Beyrouth. / © Sophie Woeldgen
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Rima Nasrallah, pasteure au centre de Beyrouth.
© Sophie Woeldgen

« Notre tâche est de donner de l’espoir quand il n’y en a plus »

Sophie Woeldgen, Beyrouth
28 septembre 2020
Fidélité
La double explosion qui a ravagé une partie de Beyrouth début août a fait plus de 300 000 sans-abri. Ajoutée à la dévaluation de la livre libanaise, et au confinement, l’économie du pays est au point mort. Les Églises inventent de nouvelles solidarités.

«Le lendemain de l’explosion, j’ai aidé mes parents à nettoyer l’appartement. Le jour d’après, je suis venue à l’église pour ramasser les vitraux cassés, les châssis des fenêtres propulsés à l’intérieur et les bancs fracassés», raconte Michelle Choukri, 18 ans. La jeune femme fait partie du groupe de jeunes de la National Evangelical Church of Beirut. Cette Église réformée est la plus ancienne paroisse protestante du Moyen-Orient. Ses membres sont plutôt aisés et progressistes. Ce soir, ils sont une dizaine à s'activer. Riz, lentilles, café ou encore dentifrice, les denrées sont réparties entre trente cartons. Elles vont être distribuées à des familles soigneusement choisies. Ce n’est de loin pas la première fois que ces jeunes font du volontariat. La congrégation s’investit depuis sa fondation dans les actions sociales: écoles, internat pour enfants en précarité ou encore résidence assistée pour personnes âgées en font partie. Pour Gustav Fawaz, 16 ans, «avoir la foi, c’est aller à l’église, prier. Mais c’est aussi aider ceux qui en ont besoin avec amour. Tu veux faire quoi sinon? La vie continue. S'entraider pour déblayer, nettoyer les appartements permet en quelque sorte de ressortir quelque chose de positif de cette crise».

Nous ne remplaçons pas un État

«Nous vivons dans un pays corrompu où les structures publiques sont quasiment inexistantes, nous faisons le plus possible pour aider, mais nous ne pouvons pas remplacer un État », explique Rima Nasrallah, troisième femme ordonnée pasteure au Liban. Mais pour celle-ci, il faut bien distinguer l’action des institutions religieuses et celle des ONG. «Ici, les gens ont faim. On leur amène la nourriture dont ils ont besoin, mais tout ce que nous faisons, c’est d’aider les uns ou les autres en tant qu’amis, en tant que citoyens, en tant que chrétiens. Nous ne pensons pas comme une ONG», affirme-t-elle avant d’ajouter: «Dans des circonstances pareilles, il y a des risques que les Églises tentent de fonctionner comme des associations. Mais je ne pense pas que ce soit sain, car notre responsabilité est beaucoup plus holistique. On croit que Jésus-Christ s’est donné et nous nous donnons pour les autres sans questionner qui ils sont et d’où ils viennent. Notre tâche est de donner de l’espoir quand il n’y en a plus.»

Pourtant, aujourd’hui, un comité regroupait toutes les Églises de Beyrouth. «On a des réunions régulières où l’on se coordonne. Par exemple, si une autre Église distribue de la nourriture dans tel quartier, elle me tient au courant et je rajoute les noms de personnes dans le besoin que je connais sur la liste et vice versa. Les paroisses sont des structures qui connaissent leur communauté», explique encore Rima Nasrallah. Un soutien devenu indispensable.

Priorité à l'éducation

La National Evangelical Church of Beirut a déjà reçu plus de 80 000 dollars de la part de congrégations partenaires, venant notamment des Etats- Unis et d’Allemagne. Avec ces dons, la paroisse procure actuellement de l’aide d’urgence, mais se concentre normalement sur l’accès à l’éducation. «La semaine passée, nous avons aidé deux étudiantes qui venaient de valider deux années d’université. Avec l’explosion, les commerces de leurs pères ont été détruits et leurs familles n’avaient plus les moyens de payer les frais de scolarité pour terminer leur bachelor. Nous les avons aidées, car nous croyons au fait que si elles finissent leurs études, elles pourront trouver un travail et aider leurs familles», conclut la pasteure.