D'autres temps de carême

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Anne Buloz, journaliste
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D'autres temps de carême

EDITO
Autrefois très strict et indissociable du jeûne, le carême prend aujourd'hui de nouvelles formes, tourné vers une spiritualité large.

Durant plusieurs siècles, le carême a été un temps de jeûne et d’abstinence strict dans de nombreuses traditions chrétiennes. Ce moment fort de l’année liturgique, du 6 mars au 18 avril, qui prépare à la commémoration de la résurrection du Christ, n’existe plus réellement sous cette forme. Le protestantisme est l’une des premières traditions à s’en être distancée, il y a plusieurs siècles de cela.

Ces quarante jours – du mercredi des Cendres au samedi saint, veille de Pâques – ont été réinventés pour mieux coller à la réalité actuelle. Le carême prend de nouvelles formes, tourné vers une spiritualité large. La pénitence d’autrefois, avec le jeûne obligatoire au premier plan, a perdu beaucoup de son sens. Aujourd’hui, la pratique du jeûne revient en force plus largement que chez les seuls croyants. Elle est volontaire, essentiellement vécue en groupe, souvent œcuménique et tournée vers une forme de solidarité. Le jeûne est désormais un moyen parmi d’autres de communier avec les populations du monde entier.

Le carême est devenu une période propice afin de se recentrer sur l’essentiel. Une manière de stopper pour un temps la course effrénée qui envahit notre quotidien. Afin de faire un vide propice dans notre vie nous permettant de nous reconnecter à Dieu, pour lui redonner sa place, centrale. Mais aussi pour se désencombrer. D’autres « temps de carême » nous sont imposés par l’existence. Les arrêts maladie, le chômage et autres séparations peuvent aussi, malgré l’épreuve, être des plages de fécondité spirituelle retrouvée et de lâcher-prise.

Et aujourd’hui, de plus en plus de personnes choisissent de «s’offrir» un temps de carême, de se retirer temporairement pour être plus présentes à soi et aux autres. Ces retraites peuvent prendre plusieurs formes. Pour certains, elle se vit chaussures de marche aux pieds en avalant des kilomètres de bitume; pour d’autres elle est rythmée par les recueillements, médiations et messes des monastères. Pour tous, elle est une «re-naissance».