
Enzo Bianchi est mort à 83 ans
Quand on rencontrait Enzo Bianchi, c’est d’abord sa voix rocailleuse qui frappait. Une voix chaleureuse et décidée. Mais surtout forte et pénétrante, comme celle d’un meneur et d’un rassembleur. Une voix de prédicateur aussi, qui marquait par l’intransigeance biblique de son propos. Cette voix s’est tue au matin du 1er septembre. Frère Enzo avait 83 ans.
En 1965, jeune étudiant catholique, il s’installe dans un hameau abandonné du Nord du Piémont pour y commencer une expérience de vie communautaire. Il devient ainsi le fondateur de la Communauté de Bose. Une communauté œcuménique, née à une époque où cet adjectif semblait encore une provocation pour beaucoup de catholiques transalpins, même si le concile Vatican II l’avait mis au goût du jour.
Monastère mixte et œcuménique
Parmi les premiers membres de la communauté, un pasteur réformé de Neuchâtel, mais aussi une jeune femme : interconfessionnelle, la communauté est dès lors mixte, également. Une originalité dans le monde monastique, qui constitue aussi un programme pour ces « moines et moniales en blue jeans », comme les qualifiait un journaliste à l’époque. Frère Enzo souhaite rassembler des hommes et des femmes à vivre dans l’unité et la simplicité, pour offrir un signe de communion aux Églises divisées et au monde marqué par les oppositions, notamment entre l’Est et l’Ouest. L’expérience connaîtra un grand rayonnement.
Rapidement, Bose accueille beaucoup de visiteurs, qui y séjournent pour quelques jours de retraite, pour des sessions, ou pour un simple partage. Frère Enzo les introduit notamment à la « lectio divina », la lecture méditative des Ecritures bibliques, dont il ravive la pratique dans les Églises. Ce sera d’ailleurs l’objet de son premier livre, Prier la Parole, publié en 1973. Auteur prolifique, Enzo Bianchi fera paraître ensuite plusieurs dizaines d’autres ouvrages de spiritualité biblique et de théologie spirituelle (notamment Les mots de la vie intérieure, 2001 ; Don et pardon, 2015 ; La saveur du partage, 2020).
Contradictions
Enzo Bianchi reste prieur de Bose jusqu’en 2017. La communauté rassemble alors plus de 80 membres. Mais au moment de quitter la direction de la communauté qu’il avait fondée, il choisit de rester à Bose. Sa présence crée alors de graves tensions, notamment avec son successeur. En 2020, le Saint-Siège ordonne son éloignement de Bose. Rome lui reproche de continuer à exercer son autorité sur la communauté, au détriment du prieur élu. Après un an, le fondateur finit par se retirer. Avec quelques frères et sœurs, il crée une nouvelle petite communauté.
Cet autodidacte de la théologie n’a jamais souhaité devenir prêtre : une particularité dans le monde monastique catholique. Et au fil des décennies, Enzo Bianchi est devenu une figure de référence dans la frange progressiste de l’Église catholique italienne. Il publie régulièrement ses prises de position dans la presse quotidienne, notamment en engageant le dialogue avec le monde contemporain. Affaibli par des problèmes de santé depuis plusieurs années, ce Piémontais fortement attaché à sa terre meurt à l’hôpital de Turin le premier jour du « temps de la Création » (1er septembre-4 octobre), un mois de commémoration institué par le patriarche Bartholomée de Constantinople et le pape François, deux chefs d’Église dont frère Enzo s’est senti particulièrement proche.





