Mondialisation à visage humain : les Eglises protestantes de Suisse romande développent un réseau d'échanges entre le Nord et le Sud

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Mondialisation à visage humain : les Eglises protestantes de Suisse romande développent un réseau d'échanges entre le Nord et le Sud

13 mars 2008
L’envoyé humanitaire a-t-il remplacé le missionnaire d’autrefois ? On ne parle plus aujourd’hui d’évangéliser les gens du Sud : en matière de foi, ces derniers auraient beaucoup à apprendre aux pays du Nord, plutôt en voie de déchristianisation
Mais à quoi servent aujourd'hui les services misssionnaires ? Le point avec Jacques Küng, secrétaire général de DM-échange et mission, institution au service des Eglises protestantes de Suisse romande, en charge des échanges d'envoyés.On ne parle plus aujourd’hui de missionnaires, mais d’envoyés. Ces derniers, tout en ayant des convictions chrétiennes, n’ont pas forcément la fibre évangélisatrice. Ce sont des femmes et des hommes de bonne volonté, bien formés sur le plan professionnel, qui ont le sens des autres et de la solidarité et qui ont envie « d’être Eglise avec des gens d’ailleurs ». Ce sont aussi des civilistes désireux de s’engager dans un pays étranger pour découvrir de nouveaux horizons et lier des amitiés. : telle est aujourd’hui la vocation de DM-échange et mission, qui envoie des volontaires à l’étranger pour des séjours de deux ans ou plus, mais aussi pour des séjours de moyenne ou de courte durée, et qui reçoit en Suisse des partenaires du Sud. Ces derniers enrichissent de leur regard et de leur expérience la perception que nous avons ici du monde.

« Quand on se connaît et qu’on travaille ensemble, on passe des préjugés à des « histoires de vie partagées, explique Jacques Küng, secrétaire du DM échange et mission, on se découvre différents mais pétris de la même humanité, unis par la même foi pour travailler à la justice et à la paix pour tous ; en résistant ensemble à une mondialisation qui profite aux seuls privilégiés, on apprend tout simplement à être Eglise ensemble ».Dans quelles perspectives les Eglises travaillent-elles avec les autres Eglises, en Afrique ou en Amérique latine par exemple ?On n’est pas dans une dynamique de transfert de compétences mais dans une dynamique de partage, d’apprentissage du dialogue, de partenariat actif et d’échanges de personnes. Les Eglises d’ici et d’ailleurs apprennent à être des lieux de rencontre, d’interpellation réciproque et de dialogue. Pour contribuer à une mondialisation à visage humain, dont le critère de base est le respect de la dignité de chacun, surtout de ceux qui vivent dans la précarité, il est indispensable que les relations entre Eglises de différents pays se vivent au travers d’échanges de personnes. C’est la conviction de DM-échange et mission et c’est son travail : nous cherchons donc à renforcer le réseau de partenariat, à diversifier les formes d’envoi, à témoigner ici des changements et des bousculements intérieurs que les envoyés ont tirés de leur expérience de vie à l’étranger.A l’heure où les pays du Nord sont en voie de déchristianisation, ne peut-on pas penser que ce sont eux qui auraient besoin de la venue de missionnaires du Sud pour apporter le message évangélique ?Nous avons besoin de l’interpellation de l’autre. La coopération est un acte d’échange réciproque qui met d’emblée en place l’idée que chaque partenaire a quelque chose à offrir à l’autre. La ferveur, la formidable énergie de vie des gens du Sud, qui vivent souvent dans la précarité, peuvent stimuler la foi des gens d’ici et leur insuffler une énergie de vie qui leur manque parfois. Ce qui est important, c’est qu’il y ait des femmes et des hommes ici et là-bas, qui essaient de mettre des millimètres d’humanité dans des kilomètres d’inhumanité, qui refusent de se résigner à une condition humaine privée de dignité, de solidarité, d’espérance.Mais qu’a-t-on à offrir aux gens du Sud, à part de l’argent ? Nous avons à offrir de la relation, de l’empathie, de la solidarité. Nous avons à faire sentir à l’autre qu’il existe pour nous. Je suis retourné au Rwanda avec toute ma famille au tout début de cette année, après y avoir été envoyé comme formateur de pasteurs de 1980 à 1986, puis de 1995 à 1996. J’ai été frappé une nouvelle fois par l’importance des salutations échangées. Elles permettent à chacun de se sentir partie prenante d’un réseau de relations. Quelqu’un, ailleurs, pense à moi et me le dit à travers des lettres, une solidarité financière, des réseaux humains où se relaient des résistances qui ne pourraient pas exister sans ces soutiens. L’Evangile a toujours invité à mettre en relation des gens d’horizons très divers, à dépasser les frontières, les préjugés, à briser les barrières. J’ai été marqué par un collègue rwandais qui m’a dit : Quand nous aurons assez de gens formés dans nos Eglises, j’espère qu’on continuera à accueillir ici des envoyés suisses, pour le partage et l’interpellation réciproques. Le défi de chaque génération est de chercher à dépasser le repli sur sa communauté, à se décentrer pour découvrir qu’en fait on est mieux quand on est en relation avec les autres dans une perspective de justice, de paix et de sauvegarde de la création.Les échanges que vous encouragez et que vous organisez dans les deux sens, ne sont-ils pas dérisoires ? On est dans l’ordre du dérisoire et de l’insignifiant, mais il est gros d’espérance. Grâce à ces échanges, il y a ici et là-bas des gens qui refusent de se résigner aux conditions qui leur sont imposées, des gens qui se battent pour résister à l’uniformisation et montrer que le respect d’autrui peut changer le monde.