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Un passé sans images

2 weeks 5 days ago
Certains films naissent d’une absence, certaines images arrivent trop tard. D’autres, le cinéma doit les inventer. Car la mémoire collective n’est jamais complète, ponctuée de silences, de ruptures, voire d’images manquantes - et désormais facilement falsifiables. Le philosophe Walter Benjamin écrivait en 1940 dans ses Thèses sur le concept d’histoire (1) que le passé surgit par éclairs dans le présent, lorsque celui-ci tente de comprendre ce qui l’a précédé. Le cinéma sait accueillir ces fragments et les recomposer en témoignages et récits, pour faire apparaître un savoir souvent lacunaire.Dès les années 1950, certains films interrogent cette question, à l’instar de Nuit et brouillard (1956), où Alain Resnais mêle images d’archives et paysages contemporains des camps nazis pour montrer comment les lieux eux-mêmes portent encore l’empreinte des événements. Plus tard, avec Shoah (1985), Claude Lanzmann choisit de ne montrer aucune archive, et traduit un héritage qui n’existe plus que dans la parole des survivants, ainsi que dans les paysages d’aujourd’hui. Cette réactivation de la mémoire rappelle la pensée d’Aby Warburg et sa notion de Nachleben, la «survivance» des images, développée dans son projet inachevé L’Atlas Mnémosyne (2) (1924-1929), selon laquelle les formes visuelles traversent les siècles et réapparaissent dans d’autres contextes historiques.
Émilie Fradella

Entretien avec Dea Gjinovci

2 weeks 5 days ago
Née en Suisse de parents kosovars, la cinéaste Dea Gjinovci explore depuis plusieurs films les territoires sensibles de l’exil, de la mémoire et de l’héritage familial. Avec La Beauté de l’âne, elle entreprend un retour au Kosovo aux côtés de son père, Asllan, contraint de quitter son village dans les années 1960 et resté longtemps éloigné de sa terre natale. Ensemble, ils reviennent à Makermal, un village profondément marqué par la guerre et par l’effacement des lieux et des visages qui peuplaient autrefois ses souvenirs. Entre documentaire et reconstitutions performatives réalisés avec les habitants du village, le film met en scène la reconstruction fragile d’une mémoire transmise, transformée, et parfois perdue.
Émilie Fradella

76e édition de la Berlinale

2 weeks 5 days ago
«Qui soutient qui?» Tel aurait pu être le slogan de cette 76e édition berlinoise. Comme la plupart des grands festivals ces trois dernières années, elle n’a pas échappé aux remous de l’actualité internationale: débats, prises de position, déclarations publiques ont souvent occupé un espace conséquent. Mais ces vagues n’étaient pas tant liées à la qualité des films en compétition qu’aux discours qui les entouraient, laissant poindre un constat désolant: le cinéma est bel et bien sommé de répondre à autre chose qu’à lui-même, indépendamment de sa facture ou de sa justesse. Dans d’autres domaines, on parlerait volontiers de déplacement d’influence, mais dans le champ cinématographique, on déguise cela en prise de position.
Sabrina Schwob

61e édition des Journées de Soleure

2 weeks 6 days ago
L’ouverture du festival a été marquée par une soirée où le brouillard s’était à nouveau invité dans la charmante vieille ville de Soleure, lui donnant un aspect aussi fantomatique que mystérieux. Comme à l’habitude, le public et les professionnels du cinéma se sont pressés en masse à la Reithalle, dont les 900 places étaient combles pour l’ouverture des festivités. Ce ne sont ensuite pas moins de 65’000 spectateurs qui ont arpenté les salles pour découvrir une programmation comptant 93 longs métrages et 71 courts, dont 68% de documentaires et 32% de fictions.
Noémie Baume

Deux procureurs

2 weeks 6 days ago
Au milieu des purges staliniennes, une lettre de détenu trouve son chemin vers un jeune procureur. Sensible aux injustices, ce jeune fonctionnaire biberonné à l’idéalisme d’État tentera de renverser la machine bureaucratique de répression mise en place. Pour sa fable en forme d’avertissement au monde contemporain, Sergei Loznitsa infuse sa mise en scène d’une longue tradition libertaire soviétique.
Paul Guhennec

33e Festival du film fantastique de Gérardmer

2 weeks 6 days ago
Accompagné de trois confrères cinéphiles, nous avons traversé les départementales vosgiennes jusqu’à Gérardmer, une ville du nord-est de la France connue à l’origine pour son domaine skiable mais également pour son Festival du film fantastique qui, en 2026, passe le cap de la 33e édition.
Invité.e

À propos du travail gratuit

1 month 2 weeks ago
Dans la sphère du domicile, le travail gratuit constitue une règle tacite ancienne, qui n’a rien d’exceptionnel, puisqu’il est considéré comme naturel et nécessaire, cantonné aux travaux domestiques et au soin. Longtemps attribuée aux femmes par défaut, cette économie souterraine composée de dévotion, d’heures non comptées et d’effort sans salaire, a pourtant été la base de l’économie officielle. Parlons aujourd’hui d’une notion clé des affaires culturelles helvétiques: la massification du bénévolat au sein de l’organisation culturelle, en particulier dans le champ de l’événementiel, de l’art contemporain, de la presse mais aussi et de plus en plus dans celui du cinéma. Bien que le pays n’ait jamais été aussi riche, la tendance demeure à la hausse. Alors, pourquoi continue-t-on d’exploiter la culture et les femmes? Ce parallèle n’a pourtant rien d’étrange, puisque tout comme le travail domestique, le travail culturel s’appuie sur une fiction tenace et rétrograde: la vocation n’aurait pas besoin d’argent. On ne travaillerait donc pas contre rémunération, mais pour la cause, l’engagement remplaçant le salaire; et en guise de reconnaissance symbolique, gardons donc le symbole comme rétribution matérielle. Dans la majorité des cas, cette gratuité n’est plus un choix mais se voit imposée, sélectionnant les profils qui peuvent se permettre de travailler sans salaire, excluant silencieusement les autres classes sociales plus modestes, comme au siècle dernier.
Émilie Fradella

27e édition du Black Movie, Genève

1 month 2 weeks ago
De retour en terres genevoises pour sa 27e édition, le Festival international de films indépendants Black Movie a accaparé les écrans de la Capitale de la paix du 16 au 25 janvier pour y déployer sa fameuse sélection: 104 films, dont 48 longs et 56 courts, glanés çà et là dans les courants des eaux alternatives.
Émilie Fradella

Dossier Spécial: Sinji Sōmai, l'intranquille du cinéma japonais

1 month 2 weeks ago
Shinji Sōmai (相米慎二), né le 13 janvier 1948 à Morioka, dans la préfecture d’Iwate, mort prématurément le 9 septembre 2001, est l’un des cinéastes les plus singuliers et les plus sous-estimés du Japon de l’après-Seconde Guerre mondiale. En l’espace de vingt années d’activité, il réalise treize longs métrages au parcours polymorphe, oscillant entre films populaires, expérimentations formelles et drames humains profondément sensibles.
Anthony Bekirov

Jeux dangeureux

1 month 2 weeks ago
To be or not to be, c’est l’audace faite film, pour un sommet de comédie noire qui se tient fièrement au niveau du Dictateur de Chaplin (1940) autant dans son ambition que dans sa portée politique.
Thomas Bonicel

Cinquante nuances de blanc

2 months 2 weeks ago
Proclamée couleur de l’année 2026 par l’entreprise américaine Pantone, la nuance «Cloud Dancer» (PQ-11-4201TCX), tirant vers la teinte grège cotonneuse, à cheval entre le beige clair et le gris, anime les colonnes de la presse outre-Atlantique. Car si les tendances esthétiques sont présentées comme dictées par l’industrie, et plus grossièrement diffusées par le marketing médiatique - la Mode en cheffe de file -, elles donnent volontiers place à l’interprétation ainsi qu’aux savantes analyses de la part des spécialistes et journalistes de tout bord, qui se lancent à cœur joie dans la psychanalyse colorimétrique. TIME relaie d’ailleurs l’argumentaire du communiqué de Pantone tel un programme: «Une affirmation consciente de la simplification: Cloud Dancer renforce notre concentration, en nous libérant de la distraction des influences extérieures»1. Et le vocabulaire employé trahit déjà l’usage qu’on veut faire de cette teinte en prescrivant une disposition intérieure, car ce «blank canvas» n’est pas vide: il est déjà tendu et prêt à recevoir ce qui convient (et à effacer ce qui dérange).
Émilie Fradella

Entretien avec Nicolas Wadimoff, Haneen Harara et Mahmoud Jouda pour Qui vit encore

2 months 2 weeks ago
Sur la carte de Gaza tracée au sol à la peinture blanche, les neuf protagonistes du dernier long métrage de Nicolas Wadimoff, Qui vit encore (sortie romande le 28 janvier prochain), partagent une parole rare, redonnant une humanité singulière à des destins trop souvent réduits au silence. Échange croisé avec le réalisateur, Haneen Harara et Mahmoud Jouda, pour écouter ce qui résiste, malgré tout.
Laury Garcia Haouji

Entretien avec Erie Sehiri pour Promis le ciel

2 months 2 weeks ago
Projeté en ouverture de la sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2025, Promis le ciel est un second long métrage d’une grande pudeur, qui brosse le portrait de trois femmes, trois migrantes subsahariennes ayant rejoint la Tunisie. Rencontre avec Erige Sehiri à l’occasion de l’avant-première genevoise en fin d’année passée.
Luca Palumbo

Les fiancées du sud

2 months 2 weeks ago
En 2022, Elena López Riera signait son premier long métrage, El Agua, une fiction aux accents documentaires portée par de solides interprètes, mais fragilisée par la multitude de thématiques qu’elle cherchait à embrasser.
Marvin Ancian

Au temps de la disparition

3 months 1 week ago
En clôturant cette brumeuse année 2025, une évidence s’impose: la grammaire des faits majeurs qui l’ont traversée n’a jamais pris la forme d’événements stabilisés. Ces douze derniers mois ont adopté la configuration de l’épisodique, avec des signaux dispersés et des informations incomplètes, qui ne se laissent pas véritablement saisir. Alors dans ce bouillon, que choisir? Ce monde qui nous apparaît sans jamais se constituer pleinement trouve un écho direct dans la pensée de Jacques Derrida, formulée dès De la grammatologie (1967). La présence n’y advient jamais comme totalité, mais toujours dans un mouvement de décalage et de retard. Il n’y a, chez lui, aucune présence qui ne soit déjà travaillée par le retrait, aucune manifestation qui échappe à l’ajournement ou au désajustement. Le monde contemporain ne se présente plus comme un ensemble d’événements auxquels nous aurions accès, mais comme une série de données disjointes, partiellement occultées, soumises à des temporalités qui échappent au présent. Derrida parle alors de la disparition du «présent plein»: ce que nous percevons est toujours déjà en retard sur lui-même, lié à un passé incomplet et à un futur qui ne se réalise jamais entièrement.
Émilie Fradella

Dossier spécial: Réalité virtuelle et réalité augmentée

3 months 2 weeks ago
Comment l’artistique et l’économique se reconfigurent-ils face à des politiques institutionnelles? À l’occasion du Festival international du film de Genève (GIFF) 2025, nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec Gaëlle Mourre et Quentin Darras, un couple d’artistes basé au Royaume-Uni ayant produit des expériences en réalité virtuelle (VR), aujourd’hui en pleine réorientation.
Ani Gabrielyan

31e Geneva International Film Festival (GIFF)

3 months 2 weeks ago
Cette édition ouvre une nouvelle décennie pour ce festival tourné vers la création audiovisuelle dans toute sa diversité. Mettant à l’honneur à la fois le cinéma, que les séries ou encore des œuvres de réalités virtuelles, le festival, dont le cœur battant est situé dans la charmante bâtisse du Théâtre Pitoëff, a vu le public défiler en nombre.
Noémie Baume

27e Filmar en América Latina, Genève

3 months 2 weeks ago
Comme à l’habitude, le Festival FILMAR en América Latina propose une plongée passionnante dans les cinémas latino-américains au creux du réputé sombre mois de novembre. Véritable vitrine de ces cinématographies, dont les films restent peu distribués dans les salles helvétiques, ce festival offre l’occasion aux spectateur·rice·s du bout du lac de faire de belles découvertes sur grand écran.
Noémie Baume

Entretien avec Anna Cazenave Cambet pour Love Me Tender

3 months 2 weeks ago
Début octobre se tenait à Genève la 13e édition du Festival Everybody’s Perfect. Unique festival de cinéma queer en Suisse romande, il unit, chaque année, les arts et les rencontres pour célébrer les expressions des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, intersexes et queer du monde entier. À cette occasion, j’ai eu le plaisir de m’entretenir avec Anna Cazenave Cambet, venue présenter en avant-première suisse son dernier long métrage Love Me Tender.
Luca Palumbo
Checked
3 hours 42 minutes ago
Ciné-Feuilles est une revue indépendante qui paraît tous les mois, parle de tous les films qui sortent dans les salles de Suisse romande, propose une sélection de films diffusés sur le petit écran, offre des compte-rendus de plusieurs festivals de cinéma
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