Les gestes religieux comme moindres maux

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Le regard du Brésilien Maycon se tourne vers le ciel après avoir marqué un but en première ligue ukrainienne en avril 2019.
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Les gestes religieux comme moindres maux

Rituels
La religion se rend visible dans le sport, notamment à travers une série de gestes. Olivier Bauer, professeur de théologie pratique, décortique ces signes. Interview.

«100 % Jésus», lisait-on sur le bandana du footballeur brésilien Neymar qui remportait sa première médaille d’or olympique en 2016. Son collègue français Olivier Giroud a dans la peau le psaume 23 «Le Seigneur est mon berger». Quant à la sprinteuse bahreïnienne Rakia Al-Gassra, elle portait survêtement et voile au départ du 200 m des JO de Pékin. La foi s’affiche et s’assume sur le terrain, au risque de la sanction. Au verbe, les athlètes préfèrent alors le geste. Entretien avec le professeur de théologie pratique à l’Université de Lausanne Olivier Bauer.

Comment la religion s’exprime-t-elle sur le terrain du sport?

Olivier Bauer: Les gestes sont les signes les plus visibles, parce qu’ils sont communément tolérés. Parmi eux, on trouve le signe de croix catholique. Les évangéliques ferment les yeux, la tête vers le ciel et les bras écartés, leurs mains sont grandes ouvertes. Quant aux musulmans, immobiles, tête baissée, ils passent leurs mains sur le visage. Plus récemment, j’ai observé des joueurs de football américain mimer un coup de marteau après un essai réussi. Le «hebrew hammer», le marteau hébreu en français, est inspiré des Macabées. Il symbolise la libération et la puissance.

De quoi sont-ils le signe?

Le sport est un vecteur médiatique. Il est un moyen de témoigner de sa foi auprès du public. C’est notamment le cas des athlètes évangéliques, pour qui le témoignage fait partie de la pratique quotidienne. Mais tous les sportifs ne poursuivent pas cet objectif. Pour les musulmans, par exemple, ces gestes relèvent de leur culture. On distingue une dimension spirituelle: le sportif remet à Dieu ce moment, mais aussi sa victoire et parfois sa défaite. Il y a une aussi une dimension psychologique. Les athlètes sont connus pour leurs rituels, partie intégrante de leur préparation. Certains y intègrent des éléments religieux qui expriment leur foi ou un arrière-plan culturel.

Le sport reste un lieu de marginalisation de la religion

Remercier Dieu, n’est-ce pas paradoxal pour un athlète dont la performance rime avec discipline et travail?

On peut en effet s’interroger sur la théologie qui se cache derrière ces signes. Lorsque certains sportifs remercient Dieu pour leur victoire, on est proche d’une théologie de la prospérité: si je donne assez à Dieu, il me le rendra sur le terrain. Mais ce ne sont pas les seuls comportements. Dans le rugby, il est commun de voir des joueurs des deux équipes se rassembler à la fin d’un match pour prier.

De tels comportements sont donc tolérés par les fédérations sportives?

Ça dépend. Le sport reste un lieu de marginalisation de la religion. On cherche notamment à éviter qu’elle soit un facteur de division. L’expression religieuse est acceptée plus facilement dans les pays anglo-saxons que dans l’Europe laïque. Ainsi, le casque du gardien de hockey de Montréal arbore une croix. Sur ses joues, le joueur de football américain Tim Tebow écrit en grosses lettres la référence au verset biblique John 3:16 tiré de l’Évangile de Jean. Mais la Charte olympique, tout comme le règlement de l’UEFA spécifient que tout message ou inscription à caractère politique ou religieux est exclu. Ainsi, face au risque de sanction, on préfère les gestes aux mots. Il y a des évolutions. Depuis 2015, la Fifa autorise les femmes musulmanes à porter leur voile. Un argument culturel qui n’a pas fait mouche auprès de l’UEFA. Ainsi, le choix du sport peut aussi être lié à la religion. On observe par exemple une tendance chez les parents musulmans à inscrire leurs filles à l’escrime, où le corps est couvert.