Le soin, au cœur du christianisme

Extrait du tableau de Maximilien Luce, "Le bon Samaritain", 1896 / ©Maximilien Luce, Public domain, via Wikimedia Commons
i
Extrait du tableau de Maximilien Luce, "Le bon Samaritain", 1896
©Maximilien Luce, Public domain, via Wikimedia Commons

Le soin, au cœur du christianisme

Parabole
Que nous apprennent la Bible et l’éthique chrétienne du soin? Regard de Pierre-Yves Brandt, professeur de psychologie de la religion auprès de l’Institut de sciences sociales des religons de Lausanne.

Comment la Bible parle-t-elle du soin? L’image qui revient le plus souvent est la parabole du «bon Samaritain» (Luc 10:25-37). Mais l’éthique du soin compris au sens large comme le care «parcourt toute la Bible», selon Pierre-Yves Brandt, professeur de psychologie de la religion auprès de l’Institut de sciences sociales des religions (ISSR) de Lausanne.

Le soin au sens large, c’est-à-dire «le souci permanent du plus pauvre ou du plus fragile», fait «partie de l’éthique ou de l’ethos de quelqu’un qui se dit chrétien», explique le chercheur. Cependant, rappelle-t-il, «les indications sur la manière de prendre soin les uns des autres se retrouvent dans toutes les traditions».

Cela explique que les ordres religieux ont souvent été à la tête des premiers «hospices» ou hôpitaux, béguinages et autres lieux d’accueil pour démuni·e·s. «Aller à l’hôpital, à l’origine, c’est un choix pour les marginaux et les pauvres. Les autres peuvent faire venir les médecins à la maison. Au nom de leur foi, certains décideront de prendre soin. Un choix qui n’est alors pas réservé au christianisme. Cela correspond à une vision du monde que l’on trouve notamment dans l’Ancien Testament, mais aussi ailleurs: la richesse des uns ne doit pas se faire au détriment des autres, il faut prendre soin des malheureux, la responsabilité face aux injustices sociales est l’affaire de tous».

La responsabilité face aux injustices sociales est l’affaire de tous

Prise en charge globale

Au fil des siècles, cette éthique a souvent été bousculée par les changements sociétaux. Ainsi, entre le XVe et le XVIIIe siècle, «un clivage s’établit entre la tâche du médecin et celle du théologien, entre soin du corps et soin de l’âme». Et avec l’arrivée de la médecine technicisée, au XVIIIe siècle, «la globalité de la prise en charge de la personne se perd», pointe Pierre-Yves Brandt. Il rappelle aussi que la technicisation a permis de nombreuses avancées, notamment sur la durée de vie. Les ordres religieux notamment chrétiens ont toutefois tenté de conserver un regard global. Et, selon leurs missions, les pasteur·e·s et clercs participent toujours d’une certaine manière aux soins de l’âme.

Aujourd’hui, la pandémie interpelle aussi l’éthique chrétienne du soin. Pour Pierre-Yves Brandt elle pose plusieurs questions: «A-t-on placé la santé trop haut? A-t-on oublié que nous sommes mortels?» Et de rappeler qu’au sens chrétien «la vie est plus que la vie biologique. La résurrection rappelle qu’une personne vaut plus que la satisfaction de ses besoins vitaux. Une des manières de lire l’Evangile, c’est de dire que l’amour est plus fort que la mort. En ce sens, il est possible de mettre sur une balance le fait qu’aimer c’est autant accompagner dans la mort, que de lutter contre elle.»