« Pour rester au sommet il faut faire des sacrifices » (Roger Federer)

Pixabay
i
Pixabay

« Pour rester au sommet il faut faire des sacrifices » (Roger Federer)

20 janvier 2020

Pour gagner, il faut faire des sacrifices, vous expliquera un bon entraîneur. En ce temps de jeux olympiques pour la jeunesse, chacun le sait, la victoire ne s’obtient que par des efforts répétés et exigeants. Dans le sport, comme ailleurs, « on n’a rien sans rien ». Il faut savoir faire des sacrifices, savoir renoncer. L’usage du vocabulaire sacrificiel souligne que c’est une loi générale, un destin qui s’impose à tous, une réalité ultime de l’ordre du divin.

Cette vision du sacrifice nécessaire, où la réussite vient de la capacité à renoncer, est dérivée de la tradition chrétienne. Jésus en est le modèle suprême, lui qui, pour gagner le pardon et la liberté pour les humains, a sacrifié sa vie sur la croix. Il a remporté la victoire totale car il a renoncé au tout de son existence.

La difficulté de cette compréhension du sacrifice est qu’elle ne correspond pas à la pratique sacrificielle de l’Ancien Testament et du judaïsme. Le sacrifice ne sert ni à gagner le pardon ni à remporter des victoires. Il exprime la reconnaissance à Dieu pour sa délivrance : « Tu as dénoué mes liens. Je t’offrirai un sacrifice de louange » (Psaume 116,16-17). Il manifeste la reconnaissance de la souveraineté du Seigneur qui donne la vie et bénit. Il est un acte de joie et de communion (Deutéronome 12,11-12). Même les sacrifices pour le péché et de réparation ne servent pas à gagner le pardon mais à l’exprimer et à en vivre. Dieu les a donnés comme rites pour absoudre, c’est-à-dire pour recevoir son pardon dans un processus de repentance et de réconciliation (voir Lévitique 4-5 et 17,11).

Le renoncement est important, la tradition biblique le sait mais ne l’exprime pas par le vocabulaire du sacrifice. Paul, invitant à un entraînement exigeant pour vivre sa foi, utilise des métaphores sportives (1 Corinthiens 9,24-25) ! L’hymne de la lettre aux Philippiens, qui confesse l’abaissement de Jésus, ne recourt pas non plus au vocabulaire sacrificiel mais à celui du service (Philippiens 2,5-11).

Qu’est-ce que cela change ? Dieu ne nous traite pas selon nos renoncements. Les efforts à faire ne sont pas pour arracher à Dieu sa bénédiction ou gagner son amour. La lutte qui mérite des renoncements est à mener contre soi-même, sa paresse, sa lâcheté ou son égocentrisme, et aussi contre les forces qui détournent de l’amour.

« Vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu » (Romains 12,1), ne signifie pas renoncer à sa vie pour obtenir la victoire. Paul, dans la joie de se savoir aimé et pardonné, invite à exprimer sa reconnaissance et sa confiance en se mettant à la disposition de Dieu, en le laissant transformer mon existence. La réalité ultime n’est pas qu’« on n’a rien sans rien » mais que « tout est grâce » et les sacrifices en étaient une expression.