Temps de craintes, temps de rites

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Temps de craintes, temps de rites

29 mars 2020

La nuit est tombée. Les bruits de la ville se sont apaisés. Chacun est chez soi au chaud. Soudain des applaudissements résonnent et des cloches tintent. Il est 21 heures. J’ouvre ma fenêtre et j’applaudis avec les autres.

En quelques jours, une nouvelle habitude s’est installée. Tous les soirs à la même heure, les gens sortent et font résonner leur reconnaissance, ici et à travers villes et villages. C’est devenu un rite généralisé.

Peu auparavant, les chants de Taizé et la prière des frères m’ont convié à la méditation et au recueillement. Les ondes de RCF ou le site de la communauté m’y associent tous les soirs.

Le matin, mon épouse fait son heure de qi gong. Sa professeure l’attend sur zoom avec le groupe des habitués. Parfois je les rejoins. A 15 heures, elle prie en silence avec les sœurs de Grandchamp.

Le confinement a provoqué l’arrêt brusque de la vie sociale. La maladie isole, même les bien-portants. La vie professionnelle est arrêtée ou prend d’autres formes. L’angoisse menace autant que le virus. L’incertitude et la solitude s’installent.

Des nouveaux rites se développent et ont du succès. Le pasteur Philippe Golaz s’étonne du nombre de celles et ceux qui participent à ses célébrations sur facebook. La RTS a augmenté la diffusion de cultes et de messes.

Dans la solitude, ces rites relient. D’autres personnes sont aussi là. Elles applaudissent ou prient avec moi. Je ne suis plus seul dans ma crainte et mon espérance. Ces temps me font faire aussi des gestes qui deviennent rares. Battre de mains me fait entrer dans la reconnaissance et me fait revivre ces moments de joie où l’on applaudit en chœur après un concert. Les cloches me rappellent les sonneries des matches, ces moments d’émotions collectives et de suspens. Les mouvements du qi gong dérouillent mon corps en manque d’exercice, me sortent du tumulte intérieur et m’ouvrent aux énergies de la vie. La suite désorganisée des jours y trouve un cadre et un rythme.

Chacune, chacun, vit ces rites à sa manière et en reçoit un supplément de vie. Ensemble nous appartenons à une même humanité souffrante et luttante. Une place m’y est faite. J’y reçois des autres et je peux y apporter ma part. L’être humain est un être social, il est aussi un être de rites, surtout quand la solitude et l’angoisse se font plus fortes.