Corona-crise: enjeux médico-éthiques et après-corona

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Corona-crise: enjeux médico-éthiques et après-corona

7 avril 2020

D’abord, l’ancien que je suis a beaucoup de sympathie d'admiration aussi, pour ses « jeunes collègues » de santé publique en fonction, les magistrats concernés et toutes celles et ceux qui ont pour vocation de soigner les personnes touchées. Ainsi que pour les entraides et solidarités qui ont éclos rapidement.

Des cas de conscience pour les soignants. En rapport avec le labeur et le dévouement au sein du système hospitalier et de santé : j’imagine que beaucoup sont interpelés par ce qui est dit, à propos de la très dramatique situation qu’ont connue nos voisins italiens (ils ne resteront pas seuls dans ce cas, malheureusement):  le fait que devant la disponibilité limitée en lits de soins intensifs et de respirateurs, les médecins devaient parfois « choisir »…  à qui on propose soins intensifs et respirateur. 

Mon excellente collègue Samia Hurst, de Genève, écrit dans le numéro du 1er avril (mais ce n’est pas une plaisanterie) du Bulletin des médecins suisses : « Selon le nombre de malades graves simultanés, nous devrons appliquer les principes de triages employés lors des catastrophes.  Le triage refuse l’accès aux personnes « pas assez malades » et aussi aux personnes « trop malades, dont les chances de survie sont trop faibles. »

Que je dise simplement que, oui, les soignants vivent des situations très difficiles, où un tel triage (terrible mot de la médecine de guerre) peut-être inévitable. Mais que chacun-e sache que, primo, le maximum est fait, et que secundo, avant une décision de ce genre, il y a une réflexion éthique approfondie, menée à plusieurs et avec le patient chaque fois que celui-ci peut y participer. Samia Hurst : « Cette évaluation doit se fonder sur la considération égale de la valeur de chacun. »

Autre sujet : un autre modèle ? Aux graves soucis sanitaires s’ajoutent les énormes bouleversements économiques. On le voit ces jours, c’est la question à des milliers de milliards de dollars… Les gouvernements décident de soutenir massivement - financièrement - l’économie, les entreprises, les travailleurs, les banques, les compagnies d’aviation (dans certains pays, ceux aussi qui ne peuvent se payer de soins de santé – par exemple aux Etats-Unis dont le système de santé est très inégalitaire, où des dizaines de millions de personnes n’ont pas d’assurance-maladie).

Quid alors de la volonté de faire différemment (« changer le système, pas le climat »), illustrée en 2019 par les multiples Marches et autres manifestations n’est-elle que du pipeau ? N’est-ce qu’un rêve de beau temps d’une jeunesse irréaliste - à laquelle se sont joints beaucoup d’ente nous? Une chose est certaine pourtant, cette jeunesse se base sur des réalités, le dérèglement climatique et la diminution grave et rapide de la biodiversité - les deux à des échelles bien différentes mais, pour les deux, à une vitesse inouïe jusqu’ici.

 

Des questions. Bertrand Kiefer, le médecin et éthicien genevois, dans la Revue médicale suisse du 25 mars : « Tous [en ce moment], nous repensons l’échelle de ce qui compte. Nos quotidiens, nos aspirations, n’ont plus rien à voir avec ce qui hier encore nous obsédait (…) Notre angoisse devient partage. Compensant un sentiment d’enfermement, nous expérimentons une forme de simplification et d’intensification de la vie. » Et : « Nous sortirons un jour de la pandémie. Mais pour quel modèle de société ? La solidarité était déjà en décomposition dans le monde d’avant ».

Tirons-en la leçon, développons une nouvelle culture. On peut vivre différemment ! En produisant et consommant moins - de ces choses qui relèvent du superficiel, du superflu ou de l’égocentrique ? Ce qui pourrait libérer un peu de notre temps précieux, si « embouteillé » dans la vie d’avant, pour le dédier à nous enrichir sur des modes non-matériels – spirituels en particulier.

Pour finir, ces lignes de la journaliste française Claire Bernole, citée sous le titre « Ni martyr ni chouchou de Dieu » par Joël Burri, dans Réformés d’avril 2020. Durant cette crise (ou une autre d’ailleurs) : « Vivre sans exclure l’intervention divine miraculeuse mais sans non plus mettre au défi la toute-puissance du Père pour qu’il agisse selon nos vœux, telle est la difficile ligne de crête que le chrétien doit suivre. ».