Laisser travailler la vie… - Printemps actif 4 : Une intendance, non une gestion

Printemps actif 4 : Une intendance, non une gestion
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Printemps actif 4 : Une intendance, non une gestion
Printemps actif 4 : Une intendance, non une gestion

Laisser travailler la vie… - Printemps actif 4 : Une intendance, non une gestion

12 avril 2019

On veut avoir des travailleurs responsables, des gestionnaires responsables, des surveillants responsables, des fonctionnaires responsables… Et même les chômeurs, on les veut responsables de «savoir se vendre» et de «gérer leurs compétences» ! La société économique a sa morale : une morale de chefs gérant leur «business».

L’éthique du travail, à laquelle ce blog veut servir de quinzaine en quinzaine, a longtemps paru s’en inspirer nécessairement elle aussi. Et davantage encore l’éthique protestante, on la croit plus ascétique et rigoureuse, gestionnaire et responsable… Comme si la gratuité évangélique devait finir par prospérer, produire, rentabiliser et faire gagner des bénéfices ! 

Notre thérapeute Jésus soigne bien différemment notre éthique et notre travail, en disant plutôt : « Les gens importants font peser leur pouvoir sur les autres, mais entre vous cela ne se passe pas ainsi : si l’un de vous veut être grand, il doit se faire serviteur ! » (Marc 10,43) Et ce service ne sera pas moins responsable, mais il le sera différemment. Comme Jésus lui-même s’est donné en «serviteur» dans sa Passion ! 

Notre service est une intendance dont nous ne sommes pas les chefs. Les conditions de travail et de vie ne sont pas entre nos mains, elles nous sont imposées, et nous devons y frayer notre voie pour être actifs : nous ne venons pas y exercer un pouvoir face à autrui, notre service ne sera ni gestion ni «management», nos activités ne seront ni autorité ni productivité, même si parfois nous réussissons, car cette intendance se déroule dans des conditions que nous n’avons pas choisies ni déterminées.

Une éthique des activités humaines comme services rendus caractérise bien mieux ce que nous faisons, nos responsabilités privées ou professionnelles : nous ne sommes pas les chefs et ne faisons pas sentir notre pouvoir sur les choses et les gens. Nous partageons une fragilité commune et tentons de rendre un service efficace dans ce cadre – d’une autre efficacité que celle des chefs !

Nous ne plaidons plus l’ascèse protestante ni l’investissement économe, même si l’économie nous enseigne quelques règles de bonne gestion : nous plaidons le service généreux, le don qui est cadeau producteur, l’intendance qui est protectrice et créatrice. Notre éthique des activités humaines ne se limite pas au travail professionnel et ne rémunère pas seulement la productivité ou l’efficience : elle traduit la gratuité évangélique en actes, elle apporte des gestes libérateurs dans la vie quotidienne.

Autrement dit, elle entend «revitaliser l’intégralité de notre vie active», de toutes les vies actives, comme le proposent par exemple les ministères protestants allemands du monde du travail depuis bientôt 40 ans.

Valoriser tous les services par lesquels nous nous rendons actifs, c’est mettre à égalité les carrières féminines et masculines, de haute et de basse qualifications, de résistance faible, moyenne ou supérieure. Chacun rend son service pour être présent et responsable, parmi les autres, comme les autres. Chacun, faible ou fort, se sait en principe intendant responsable, chargé de la réussite des tâches qui relèvent de son service. Qu’on permette à chacun, dans sa vie, de laisser travailler la vie : ce sera un printemps d’activités prospères.