«Notre Église est prête à prendre une décision»

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Le président de la FEPS, Gottfried Locher, s'est déclaré favorable, à titre personnel, au mariage pour tous.
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«Notre Église est prête à prendre une décision»

Le 4 novembre, les délégués des 26 Églises de la Fédération des Églises protestantes de Suisse seront appelés à trancher sur l’épineuse question du mariage pour tous – une question qui divise clairement les réformés.

Les Églises protestantes de Suisse franchiront-elles le pas du mariage pour tous? Telle est la question qui agite actuellement les paroisses helvètes. Alors que les délégués de la Fédération des Églises protestantes de Suisse (FEPS) sont appelés à se positionner lors de leur prochaine assemblée le 4 novembre, son président, le pasteur Gottfried Locher, a  d’ores et déjà livré à la presse alémanique, vendredi dernier, son opinion sur la question. A titre personnel, a-t-il précisé, il se dit favorable à la procédure juridique du mariage pour les couples de même sexe (lire l’encadré). Une prise de parole qui n’a pas manqué de susciter son flot de remous. Interview avec Sabine Brändlin, membre du Conseil de la FEPS.

Votre président, Gottfried Locher, a pris personnellement position en faveur du mariage pour tous dans la presse. Pourtant, aujourd’hui, il vous a chargée de répondre à nos questions. Que faut-il comprendre?

A la suite de cette interview, nous avons reçu des commentaires très positifs. Mais bien sûr, il y a aussi des personnes qui ne partagent pas son opinion et qui l’ont fait savoir. Nous respectons toutes les réactions. Mais, au regard de la situation, Gottfried Locher a eu l’impression qu’il était aujourd’hui plus pertinent qu’un membre du Conseil de la FEPS (exécutif) puisse s’exprimer et expliquer le processus de décision sur lequel se prononceront les délégués de la FEPS lors de la prochaine assemblée, le 4 novembre.

Qu’avez-vous pensé de cette prise de liberté du président?

Il appartient à la fonction du président du Conseil d’apporter son opinion personnelle sur une question débattue au sein de la FEPS. C’est absolument clair, et je pense même que c’est aussi nécessaire.

Cette prise de parole donne pourtant l’impression d’un consensus au sein du Conseil de la FEPS…

Non, le Conseil de la FEPS n’a pris aucune décision pour l’instant. Il se prononcera fin août, lors de sa prochaine rencontre. Chacun des membres a sa propre opinion, et celles-ci sont parfois très fortes sur ce sujet.

C’est notre manière d’être Église ensemble que de prendre une décision démocratique et d’accepter cette décision
Sabine Brändlin, membre du Conseil de la FEPS

Cette question est en effet loin de faire l’unanimité au sein de l’Église réformée…

Oui, mais c’est notre chemin, d’être Église, et c’est notre manière d’être Église ensemble que de prendre une décision démocratique et d’accepter finalement cette décision. Notre Église a besoin des différents courants théologiques, ils sont nécessaires pour annoncer l’Évangile dans notre société de manière convaincante.

Comment le Conseil gère-t-il de telles oppositions?

Au Conseil, nous sommes en discussions avec les différentes factions. Dans notre Église, il est très important d’écouter tout le monde, de respecter les différentes positions et opinions. Mais on doit décider, parce qu’on ne peut pas marier un couple «seulement un peu»: on doit décider si on veut ou si on ne veut pas.

Comment pensez-vous pouvoir vous mettre d’accord d’ici au mois de novembre?

La discussion à l’Assemblée des délégués (AD) au mois de juin a montré que la formation des opinons est déjà bien avancée, et c’est la raison pour laquelle le Conseil de la FEPS a maintenant décidé d’accélérer le rythme. Les délégués vont prochainement recevoir un document de base sur la question du mariage pour tous, comprenant aussi bien des textes bibliques que diverses positions théologiques, afin que leur décision puisse être fondée. Nous ne voulons pas éviter une discussion honnête.

Est-il envisageable que l’Église réformée se décide à ne pas se prononcer?

Non, je ne pense pas: l’AD va prendre une décision. Je crois que notre Église est prête pour cela. C’est aussi très important de ne pas seulement attendre et regarder ce qui se passe.  

On a l’impression que l’avancée politique vous met au dos du mur… Cette question n’était pas obligatoire jusque-là, et elle le devient…

Oui, c’est clair, mais nous sommes Église dans et pour le monde d’aujourd’hui; les interactions sont inévitables.

Au cœur de l’Église, ne se trouve pas la question du mariage, mais Jésus-Christ. Cette question doit donc être remise à sa juste place

Au vu des divergences, considérez-vous qu’il y a un risque de scission autour de cette question?

Dans notre Église, la chose la plus importante, c’est la confession en Jésus-Christ. C’est elle qui nous unit. Nous sommes en tant qu’Église, sœurs et frères en Jésus-Christ. Il n’y a aucune confession de foi, à l’instar du Symbole des Apôtres, qui dise quoi que ce soit sur le mariage.

Personnellement, je travaille avec des personnes qui ont des opinions différentes sur cette question du mariage pour tous, mais pour moi, c’est toujours clair que ces personnes sont et restent toujours mes frères et sœurs en Christ. Cette question ne peut pas nous séparer.

Est-ce à dire que, selon vous, l’Église aurait jusque-là accordé trop de poids à cette question?

Oui, exactement. Au cœur de l’Église, ne se trouve pas la question du mariage, mais Jésus-Christ. Cette question doit donc être remise à sa juste place.

Nos délégués sont assez forts pour résister à l’air du temps et décider selon leur conscience

Les délégués ne font-ils pas face à une certaine pression de la part de la société ?

Je ne pense pas du tout. Nos délégués sont assez forts pour résister à l’air du temps et décider selon leur conscience. D’autres Églises disent non, notre Assemblée est vraiment libre.

Le 5 novembre, après le vote de l’AD, il y aura évidemment des gagnants et des perdants...

C’est clair, mais c’est la constitution de notre Église d’avoir une décision démocratique, et c’est la fonction de l’AD de décider. Notre vœu au Conseil, c’est d’être Église ensemble aussi après cette décision avec les différentes positions sur cette question

Selon M. Locher, l’Église réformée devrait suivre le consensus social. Selon les opposants, l’Église n’a précisément pas à suivre « le monde». Comment réglez-vous cette équation?

Pour une Église réformée, c’est important de regarder les développements sociaux, mais nous devons aussi chercher des réponses en dialogue avec la Bible et notre propre tradition.

Nous ne devons pas prendre la Bible au pied de la lettre, mais la prendre au sérieux

Les opposants pointent différents textes, tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, qui jugent très sévèrement l’homosexualité…

Nous connaissons ces phrases, bien évidemment. Mais je parle maintenant en tant que pasteure: la question est de savoir comment nous lisons la Bible. Si nous prenons des phrases de la Bible pour en faire la loi, on risque d’être très sélectif.  En Lévitique, vous trouverez également que les relations sexuelles avec une femme qui a ses règles mérite la mort. Or on ne met jamais cette phrase en avant. Alors je dis: nous ne devons pas prendre la Bible au pied de la lettre, mais la prendre au sérieux. Et si on regarde les déclarations fondamentales sur le mariage dans la Bible, celles-ci stipulent 1) qu’un mariage est une alliance que Dieu conclut, 2) que le mariage est béni par Dieu et 3) qu’il est un lieu spécial de proximité avec Dieu.

A chaque fois, il s’agit cependant d’un mariage entre un homme et une femme…

Je vous répondrais que pour nous, en tant qu’Église, il est important de soutenir les couples d’aujourd’hui qui veulent vivre ensemble une relation durable, et de les soutenir dans leur volonté de vivre une relation qui soit conforme à l’Évangile.  A mon sens, il s’agit alors des valeurs de respect du partenaire, d’honnêteté, de fidélité et de soutien mutuel. Pour moi, c’est la qualité d’une relation qui est importante.

Partant de la déclaration éditée à Winterthur, pourrait-on également imaginer, comme le soulèvent certains, qu’il y a un destin homosexuel à vivre, qui n’est pas celui de l’hétérosexuel qui se marie et fonde une famille?

A présent, nous discutons la notion de mariage pour tous, et viendra ensuite la motion de Saint-Gall sur les questions de famille, mariage, partenariat et sexualité. Le Conseil et l’AD vont devoir discuter de ces questions très sérieusement et prendre également position.

Pour vous, il n’y a pas de lien de cause à effet? Ouvrir le mariage pour tous, ce n’est pas forcément ouvrir la voie à l’adoption et la PMA pour tous?

Actuellement, ce n’est pas clair comment les Autorités fédérale veulent proposer, c’est en discussion dans la commission juridique. Quand on connaîtra les questions qui seront posées, nous prendrons position.

Des décisions distinctes

Le 4 novembre, les délégués de la FEPS sont appelés à se déterminer sur la procédure juridique en faveur du mariage pour tous. Pour ce qui est de la question ecclésiastique, soit de la bénédiction des unions par l’Église, la décision appartient à chaque Église cantonale. En novembre, l’Assemblée des délégués décidera également si elle veut ou non donner une recommandation à leurs Églises membres.

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Sabine Brändlin, membre du Conseil de la FEPS