Des paroisses qui agissent pour le climat

© Nathalie Schopfer
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La parcelle du jardin de la paroisse de l’Espace Saint-Luc à Genève.
© Nathalie Schopfer

Des paroisses qui agissent pour le climat

Salades
Pour agir contre le réchauffement climatique, ils ont initié des changements profonds. Rencontre avec des militants ecclésiaux, qui partagent ce qui fonctionne dans leur paroisse et leur milieu.

Laitues, radis, plantes aromatiques: à Onex, au coeur du parc du Gros-Chêne la paroisse protestante Petit-Lancy–Saint-Luc cultive un potager. La parcelle, au milieu d’autres, est mise à disposition par une association environnementale locale, Le Trèfle vert.

Les 7 m2 n’ont rien d’immense, mais leur impact n’est pas négligeable. «L’action est double», explique la pasteure Nathalie Schopfer: «environnementale, parce que l’on accède à des légumes locaux et de saison. Et sociale, puisque rejoindre le Trèfle vert a permis à la paroisse de s’ouvrir au reste du quartier, de donner une autre image de l’Église, et très concrètement, d’être mieux identifiée géographiquement.» Situé dans des locaux modernes d’un immeuble d’habitation, l’Éspace paroissial Saint-Luc, contrairement à d’autres, ne dispose pas de clocher pour se signaler.

Depuis, les repas mensuels organisés par la paroisse, qui réunissent une trentaine de personnes, sont préparés en partie avec ces légumes de proximité. «Cela a créé de la convivialité, de l’échange, du partage. Les gens qui viennent ne passeraient sans doute pas la porte pour un culte ou une messe. Rajouter cette production locale n’a pas fait venir plus de monde, mais nous a fait gagner en qualité et en sensibilité. Les gens sont très attentifs à ce qu’ils mangent.»

Lien social

A Genève, mais aussi à Chailly (Lausanne), La Chaux-de-Fonds (NE) ou Delémont (JU), nombreuses sont les paroisses qui développent ainsi des liens avec des associations citoyennes et écologiques. Des initiatives qui tiennent souvent à des individus, pasteurs ou paroissiens, eux-mêmes sensibilisés à la question climatique et actifs sur de multiples fronts. Ainsi, Christine Phébade Yana Bekima, animatrice laïque dans la paroisse réformée de La Chaux-de-Fonds, très investie dans l’œcuménisme, a cofondé en 2018 l’association Montagnes en transition. Au cours de leurs soirées, sur les hauts du canton de Neuchâtel, les paroissiens rencontrent les acteurs locaux du développement durable. «Nous faisons venir des personnes engagées dans la permaculture, les conversations carbone (NDLR, atelier d’apprentissage mutuel de méthodes permettant de réduire son impact carbone), etc. A l’inverse, lorsque eux organisent des événements, ils pensent à nous inviter!»

Taire sa foi?

«L’écologie est l’un des domaines où l’on peut faire le lien entre sa foi, ses choix politiques, et des gestes très concrets», remarque Jacques Matthey, membre de la paroisse de Chêne (Genève) et d’œco Eglise et environnement (voir p. 10- 11). Parce qu’elle touche tout le monde et qu’elle permet aux paroisses de nouer des liens avec la société civile, l’écologie est vue comme une chance pour certains de faire mieux connaître les valeurs chrétiennes et de revivifier des paroisses toujours plus touchées par le vieillissement et la sécularisation. L’idée très en vogue de simplicité volontaire, de sobriété heureuse, «est très proche de ‹l’ascétisme intra-mondain› protestant, cher au sociologue Max Weber! Et les motivations écologiques, climatiques, humanistes sont les mêmes. Elles transcendent les clivages religieux et politiques», assure le pasteur lausannois Virgile Rochat, aujourd’hui retraité, mais engagé depuis longtemps sur le sujet.

«Cela a créé de la convivialité, de l’échange, du partage »

Cependant, selon les lieux et les sensibilités, les chrétiens marchent sur des œufs. «Lorsque l’on participe à une action dans la maison de quartier, on n’ose pas prononcer le nom de Dieu. Ce qui vient de l’Église n’est pas toujours bien reçu dans le monde associatif. Il faut garder ses convictions dans son for intérieur et se référer aux valeurs communes, même si elles n’ont pas le même référent idéologique», explique, pragmatique, Isabelle Veillon, paroissienne de Chailly, qui a fondé depuis une dizaine d’années un groupe «climat» dans sa paroisse et lancé Chailly 2030, association de quartier qui milite pour la mobilité douce ou les potagers urbains.

Le label, gage de crédibilité

Une autre manière d’appréhender le changement climatique? Afficher un label environnemental. C’est ce qu’a fait la paroisse protestante de Meilen, sur les bords du lac de Zurich. C’est la première paroisse de Suisse à avoir été recertifiée «Coq vert», en 2019, quatre ans après avoir obtenu ce label pour la première fois. La démarche est contraignante, parce qu’elle impose un bilan carbone complet, et, souvent, de courageux choix d’investissements de long terme. Elle ne se prend pas à la légère. «En fait, on a commencé le processus en 2009, bien avant d’obtenir la première certification, en 2014. Il y a donc eu cinq ans de travail avant d’y arriver», indique Feyna Hartman, chargée des questions environnementales pour la paroisse. Mais selon elle, c’est un signal important, qui montre au grand public – puisqu’il s’agit d’une certification ISO – que la communauté prend le sujet de l’environnement et du climat au sérieux. La paroisse de Meilen s’est connectée au réseau photovoltaïque d’une école voisine (sa toiture d’église du XVe siècle n’aurait pas pu accueillir de panneaux solaires). La ville de Meilen est membre du label «Cité de l’énergie» qui réunit des villes ou communes qui s’engagent de façon permanente sur le climat, l’énergie et la mobilité (400 en Suisse). «La paroisse est un véritable partenaire de cette stratégie, nous sommes membres de la commission d’énergie de la ville, nous recevons toutes les informations et sommes pris au sérieux», explique Feyna Hartman. Une attitude de «bon élève» qui permet à la paroisse de rester à la page, et d’anticiper ses travaux, inévitables lorsque l’on gère un patrimoine bâti.

Tensions internes

Grâce à ses chantiers, justement, la paroisse s’est ouverte à d’autres communautés de la région. «On se rencontre régulièrement. La semaine dernière, par exemple, j’étais dans un village voisin, pour savoir quels artisans y œuvrent, d’où vient le bois qu’ils utilisent, etc.», explique Feyna Hartman. De cette manière, la paroisse s’insère aussi pleinement dans le tissu économique local. Un cercle vertueux? Le choix du label Coq vert n’est pas allé sans quelques tensions et tâtonnements internes. Il a par exemple fallu discuter avec les paroissiens de la température de l’église. «Nous avons dû baisser le thermostat de quelques degrés, demander aux gens de garder leurs vestes ou placer des couvertures à disposition. Mais en dessous de 17 degrés, c’était clairement trop frais.» Pour être embrassé, le changement doit être vécu comme un désir, non comme une contrainte. Aussi, toutes les communautés qui ont choisi de s’investir pour le climat recommandent une première étape indispensable: se réunir, discuter de l’orientation et des engagements que l’on veut prendre, durant un an s’il le faut, avant de la placer par écrit. Ensuite, à chacun son rythme!

Deux labels, deux méthodes

Coq vert et Église verte, labels environnementaux chrétiens, sont différents, mais complémentaires.

Coq vert

C’est parce que les normes ISO en matière environnementale n’étaient pas adaptées à leurs paroisses que des Églises allemandes du Land du Bade-Wurtemberg ont lancé le label Coq vert, véritable système de management écologique. Vingt et une communautés suisses l’ont obtenu, trente ont rejoint le processus, principalement côté alémanique. Mis en oeuvre par œco Eglise et environnement, il prévoit une évaluation de la situation, des objectifs d’économies d’énergie et le choix de mesures (énergie, eau, gestion des déchets et du papier, sécurité du travail). Renouvelable tous les quatre ans, Coq vert a l’avantage de permettre un bilan carbone chiffré et un contrôle indépendant et externe. Son coût? Quelques centaines de francs. Infos: www.coq-vert.ch.

Église verte

Initié en France par les Églises catholiques et protestantes, dans la foulée de la COP21 et de la publication de Laudato Si, encyclique du pape François sur l’environnement, Église verte a labellisé 300 paroisses en France, et ses équipes sont débordées! Le succès s’explique par un niveau d’exigences moindre: les principales étapes du label sont avant tout déclaratives. Seule la dernière étape, l’écobilan complet, nécessite le passage des responsables du label. Cependant, il ne permet pas d’accéder à une norme ISO ni à un diagnostic carbone chiffré. L’intérêt ici est plutôt d’engager une communauté dans une démarche. Gratuit, le label peut se financer par une contribution volontaire de 200 à 500 francs. Des échanges sont en cours pour développer Église verte côté romand. Certains y voient un premier pas pour rejoindre ensuite Coq vert. Infos : www.egliseverte.org.

S’inspirer !

Sélection d’initiatives menées par des communautés protestantes, pour nourrir vos envies de changement.

• Rejoindre le réseau des communautés bleues, pour améliorer sa gestion d’eau potable, www.eausecours.org/communautes-bleues/, (Églises Berne-Jura-Soleure).

• Conseiller et subventionner les paroisses qui installent des systèmes d’énergie solaire (services généraux des Églises Berne-Jura-Soleure).

• S’assurer que les apéritifs soient bio, locaux, et zéro déchet (paroisse de Chailly, Lausanne).

• Créer des fiches de conseils environnementaux (paroisse de Chailly).

• Lors de fêtes paroissiales, inviter des paysans et producteurs locaux à vendre leurs produits (paroisse protestante de Chêne, Genève).

• Choisir de la vaisselle réutilisable ou compostable (Consistoire de Genève).

• Utiliser des produits de nettoyage biologiques (paroisse de La Chaux-de- Fonds, Neuchâtel).

• Rédiger une charte climatique validée par le conseil de paroisse (paroisse de Chêne, Genève).

• Mener des travaux d’optimisation énergétique de ses bâtiments (paroisse de Delémont, Jura).