Serge Bloch: "il faut prendre des risques et se libérer de soi"

© MIR - Nicolas Righetti
i
Serge Bloch, illustrateur français
© MIR - Nicolas Righetti

Serge Bloch: "il faut prendre des risques et se libérer de soi"

Rencontre
Serge Bloch, 62 ans, est un illustrateur français. Il travaille pour la presse enfantine (Max et Lili, SamSam…). Il est également dessinateur de presse pour The Washington Post, The Wall Street Journal, The New York Times… Il est l’illustrateur de: "Bible, les récits fondateurs", et expose au Musée international de la Réforme à Genève dans le cadre de l’exposition "Il était plusieurs fois". Il se livre au jeu des questions.

Une préférence pour un personnage biblique que vous avez dessiné?

Pour chaque personnage, il y a eu des plaisirs différents. Des histoires plus épiques, d’autres plus poétiques comme pour le Cantique des Cantiques. La Bible est polyphonique, écrite par des gens différents à des moments différents, ce que Frédéric Boyer (ndlr : écrivain et auteur des textes pour Il était plusieurs fois) a bien restitué.

Votre premier contact avec la Bible?

J’ai grandi dans une petite communauté juive, à Colmar en Alsace. Ces anciennes histoires, j’ai appris à les lire en hébreu, à l’école talmudique, et à l’école aussi (ndlr: en Alsace, des cours de religion sont «proposés obligatoirement» aux élèves jusqu’à 18 ans). Je me souviens de ces histoires fantastiques, que le grand rabbin du Haut-Rhin nous racontait à l’aide de polycopiés à mettre en couleurs… Ces personnages, je les ai donc déjà dessinés étant môme!

Grandir dans une minorité, un défi?

Il y a une tradition antisémite en Alsace. Sur la cathédrale de Colmar, on voit des juifs téter une truie, un motif fréquent dans l’art médiéval. Appartenir à une minorité construit, forcément. On apprend à penser différemment; cela confère aussi une certaine ouverture, une tradition d’accueil et de tolérance, comme les protestants.

Un artiste qui vous inspire?

Claude Lapointe, mon professeur et fondateur de l’Ecole supérieure des arts décoratifs à Strasbourg, l’un des pionniers de l’illustration en France, qui a formé des générations entières.

Un projet qui vous tient à cœur?

Au 104 (ndlr: établissement public culturel à Paris), l’exposition pour les textes fondateurs de la Bible était une première. Comme ici au Musée international de la Réforme, mon idée est de donner du plaisir et de l’émotion aux gens, de les mettre dans des dispositifs qui les immergent vraiment dans les histoires. J’ai toujours dessiné pour raconter.

Le dessin, un espace de sérénité?

J’ai toujours eu la bêtise de penser que mes dessins étaient vivants. Ce qui transparaît dans mes dessins ? Je crois, c’est un sentiment de liberté. Il faut prendre des risques, se libérer de soi. Parfois la vie nous y oblige. Y parvenir demande un long chemin.

Dessiner est-ce une manière de dénoncer?

Tout est politique. Il est possible de dire des choses sans pour autant faire des dessins énervés. Je n’aurais jamais fait les caricatures de Mahomet. Je respecte les autres minorités, c’est à eux de régler leurs problèmes. Je ne suis pas un donneur de leçons. Il vaut mieux arriver à vivre ensemble plutôt que de se mépriser. Evidemment, rien ne justifie la tuerie de Charlie Hebdo. J’adorais Charlie, du temps de Reiser et Brétecher... Etre provoc’ était utile, car il y avait une vraie censure. Aujourd’hui la provoc’ est un lieu commun.