Matthias Preiswerk: une théologie qui apprend des autres

© Florian Cella
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Matthias Preiswerk
© Florian Cella

Matthias Preiswerk: une théologie qui apprend des autres

Rencontre
Natif de Lutry, docteur en théologie, Matthias Preiswerk, 69 ans, a vécu quarante ans en Bolivie, où il a créé des ponts entre pratiques éducative et théologique sans oublier leur insertion politique.

Quel point essentiel garderiez-vous de votre expérience pour les réformés romands?

Je n’ai aucune leçon à donner; je pense qu’il faut scruter les changements radicaux qui se produisent sous nos yeux pour redéfinir notre raison d’être. Or certaines intuitions, idéaux, engagements… – vécus dans les années 1960 et 1970, ici comme en Amérique latine, pourraient être pertinents pour nous réformer.

Des intuitions mobilisatrices pour des jeunes?

Oui, le monde a plus que jamais besoin d’une transformation radicale: rapports économiques et sociaux, reconnaissance des autres cultures et religions, nouveau rapport à la planète. Recontextualisés, les exemples que je cite ont/ créent du sens ici et aujourd’hui. Notamment l’antimilitarisme; la pratique d’un œcuménisme de base; des efforts de vie communautaire au-delà de la famille. Et d’autres façons de faire de la théologie.

«D’autres façons»?

Affranchie des hiérarchies ecclésiastiques et académiques, la théologie de la libération a permis d’introduire des questions théologiques dans le débat public, économique, politique, féministe, environnemental, etc. En donnant la parole à l’acteur principal, le peuple croyant.

Il nous faut une théologie capable d’apprendre ce que les gens craignent et espèrent dans leur corps autant que dans leur esprit ou âme. Qui écoute les cris des pauvres et de la terre. Qui se féminise. Une théologie pertinente dans un moment où il semble que l’humanité pourrait mal finir.

Que fait-il, ce théologien actif?

Le théologien réfléchit sur le monde à partir de la foi des communautés croyantes. Une théologie active réinterprète sa tradition, ses références historiques, à partir de la réalité. Le théologien doit embrasser autant ses connaissances bibliques et dogmatiques que les corps dans lesquels se jouent la vie et la mort de ses contemporains. Cela implique une action en dehors de sa tour d’ivoire, au contact d’autres croyances : avec l’autre ! Sortir du dogme, de la Bible, de l’université et de l’Eglise.

Sortir de l’Eglise?

La théologie n’abandonne pas l’Eglise mais saute ses murs, comme les prophètes ou Jésus.

Un message défaitiste?

Au contraire: s’ils veulent retrouver leur sens, les réformés doivent… se réformer. Radicalement. Regarder ailleurs. Sortir de leur bulle. Partir et quitter leur nid en vivant avec ceux qui ont dû quitter le leur.

Avec les migrants?

Avec tous les laissés-pour-compte.

Pour en savoir plus

Matthias Preiswerk est l’auteur de Partir pour apprendre. Chemins interculturels, paru en avril de cette année aux éditions de l’Aire. Dans cet ouvrage, il relie les expérimentations des années 1970 en Suisse romande et l’engagement chrétien dans les mouvements populaires de transformation sociale en Amérique latine.