L'armée repense la diversité

© DR Armée suisse
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Experte dans la gestion des différences, Marina Veil a été formée dans ce domaine à l’Université de Fribourg. Elle est également active depuis des années dans les forces armées suisses.
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L'armée repense la diversité

Nomination
Dans le monde post-#Metoo, savoir accueillir et intégrer les minorités sexuelles et religieuses dans une organisation est devenu crucial. Y compris pour l’armée suisse.

Elle s’appelle Marina Veil, et elle est depuis cette année responsable du service spécialisé de la diversité, au sein de l’armée suisse (voir encadré). Le poste a été créé au 1er avril 2019 et dépend du service du personnel de l’armée. Pourquoi une telle initiative? A priori, aucune singularité religieuse, sexuelle ou convictionnelle ne devrait être un motif de discrimination par l’institution ou d’autres militaires.

Gestion des trans

En pratique, c’est plus compliqué: les règlements actuels de l’armée prévoient toujours l’inaptitude au service militaire et à la protection civile en cas de transsexualité. En août dernier, un jeune Vaudois trans de 21 ans a ainsi annoncé avoir déposé un recours après qu’un médecin militaire avait refusé son admission en école de recrues. Le jeune homme avait pourtant passé tous les tests d’aptitudes. Dix-huit cas de transidentité sont gérés chaque année par l’armée, selon l’institution. En 2016, c’est une recrue valaisanne qui avait défrayé la chronique: végane, le jeune homme de 19 ans refusait de porter des bottes en cuir, et avait été déclaré inapte, avant d’être finalement intégré. Un besoin de cohérence et de clarté paraissait donc nécessaire. Tout comme la sensibilisation et la formation de personnels en interne, à tous les niveaux.

«Les aumôniers ont des années d’expertise en gestion des cas particuliers»

Collaboration avec les aumôniers

Les missions de Marina Veil ne sont pas encore clairement définies: le poste est encore en construction, mais clairement, l’idée est de pouvoir développer la collaboration avec d’autres départements et de partenaires externes ou internes. Parmi eux, les aumôniers auront évidemment une place de choix. Chargés de prendre en compte les besoins spirituels des soldats, ces derniers ont largement plaidé pour la création d’un poste dédié en faveur de la diversité. Jusqu’ici, ce sont eux qui se sont préoccupés des besoins des minorités religieuses et des aménagements éventuels à réaliser (repas spécifiques, temps de prière, jeûnes…). Ils ont développé «des années d’expertise et d’expérience pour ce qui est de savoir gérer certains cas particuliers», explique-t-on auprès de l’armée, et clairement, Marina Veil pourra s’appuyer sur eux, d’autant plus qu’ils appartiennent au même service.

Perspectives

Reste à savoir comment s’organisera cette coopération, et surtout si davantage d’aménagements seront réalisés pour mieux répondre aux besoins des minorités existantes. Ces éléments restent à définir. Parallèlement, un travail de sensibilisation et de formation des personnels doit être entrepris. La création de ce poste dédié témoigne dans tous les cas d’une gestion plus professionnelle de ce sujet. Un phénomène qui répond aux aspirations d’une société post-#Metoo et qui s’inscrit dans un contexte économique bien connu des entreprises: la guerre des talents.

Un terme fourre-tout

Le mot diversité désigne un très vaste éventail de sujets: genre, identité de genre, orientation sexuelle, questions de générations et d’âge, origine ethnique, pluralité linguistique et religieuse, ainsi que visions de la vie et du monde. Toutes ces questions seront désormais traitées avec la même attention par l’armée suisse.