Pourquoi Halloween hérisse le poil des chrétiens

Si la mascarade annuelle du 31 octobre ne leur fait pas vraiment peur, de nombreux chrétiens s'en offusquent de plus en plus ouvertement. Et pour cause: chez les catholiques, protestants et évangéliques, il semble que de se rire de la mort et des esprits malins ne soit peut-être pas la façon la plus digne d’aborder le rapport à l’au-delà pour les jeunes générations.
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Si la mascarade annuelle du 31 octobre ne leur fait pas vraiment peur, de nombreux chrétiens s'en offusquent de plus en plus ouvertement. Et pour cause: chez les catholiques, protestants et évangéliques, il semble que de se rire de la mort et des esprits malins ne soit peut-être pas la façon la plus digne d’aborder le rapport à l’au-delà pour les jeunes générations.

Pourquoi Halloween hérisse le poil des chrétiens

29 octobre 2020
Si la mascarade annuelle du 31 octobre ne leur fait pas vraiment peur, de nombreux chrétiens s'offusquent de plus en plus ouvertement. Et pour cause: chez les catholiques, protestants et évangéliques, il semble que de se rire de la mort et des esprits malins ne soit peut-être pas la façon la plus digne d’aborder le rapport à l’au-delà pour les jeunes générations.

«Satanique», «païenne», «blasphématoire»… Internet regorge de qualificatifs assassins lorsque les chrétiens prennent leur clavier pour parler de Halloween. «Mettre l’horreur à l’honneur», surtout pour les évangéliques, c’est prendre le risque d’habituer les enfants à l’horreur et à la laideur, dans un monde où la peur et la violence sont de plus en plus présentes. «En tant que chrétien, on n’a pas besoin d’Halloween. Nous avons assez d’autres belles occasions de faire la fête pour des événements basés sur notre calendrier officiel, comme la Résurrection du Christ», déclare d’ailleurs Stéphane Klopftenstein, directeur adjoint du Réseau évangélique suisse.
Si sa désapprobation de la fête infernale et sucrée de ce samedi soir n’est pas véhémente, elle est tout de même largement partagée chez les chrétiens de toutes obédiences. Si certains s’en offusquent carrément, d’autres préfèrent se rire de cette célébration qui voudrait ridiculiser la mort. «Je n’ai rien contre le fait que les enfants aillent demander des bonbons», s’amuse Françoise Pastoris, pasteur de la paroisse de Gland. «Les décorations me sont même assez sympathiques. C’est dans le fond de cette fête, malheureusement, que réside quelque chose d’un peu tordu.»

Païens!

«Malgré ses origines, cette fête a désormais tout du kitsch américain, comme une espèce de carnaval macabre qui ne fait peur à personne, même s’il vise à effrayer les mauvais esprits», explique l’abbé François-Xavier Amherdt, professeur de théologie à l’Université de Fribourg.
Mais quelles sont donc les fameuses origines de Halloween? Avant d’être une fête commerciale, surtout importée par le cinéma américain à la fin du XXe siècle, elle est avant tout la récupération d’une fête païenne, la fête de Samain, une sorte de Nouvel An des Celtes où l’on tente de chasser les esprits malins en les effrayant. 
La Toussaint et le Jour des morts, occasions pour les catholiques de se souvenir des défunts et de fêter «tous les saints», vont «christianiser cette fête païenne, comme le christianisme s’est approprié d’autres le fêtes juives, grecques, romaines, etc.», précise le théologien Olivier Bauer. Une fête morbide, malgré tout? « La Toussaint, célébrée le 1er novembre, est en réalité une grande fête de joie. Si l’’Église catholique y célèbre tous les saints, c’est donc qu’il s’agit de la fête de tous les amis de Dieu, les vivants et les défunts réunis dans Christ par la communion des saints, telle qu’elle est proclamée dans le Credo commun aux différentes passions chrétiennes», rétablit l’abbé François-Xavier Amherdt.

Pas de fond théologique

«Le protestantisme réformé a surtout critiqué la Toussaint», explique Olivier Bauer. «Cette idée d’honorer les morts, de leur consacrer des messes allait contre l’idée protestante de dire qu’une fois que l’on est mort, on est mort, ce qui pouvait être joué est joué.» Mais y a-t-il donc réellement un contenu théologique à débusquer dans le Halloween des citrouilles, du maquillage et du sang au ketchup? Et faut-il vraiment s’en offusquer, du coup? Pour Olivier Bauer, cette enfantine fête d’horreur n’a «pas d’investissement religieux ou théologique – ou alors, positivement, de narguer la mort, de lui monter qu’elle n’a pas le dernier mot.»
 «C’est la symbolique qui est gênante. Jouer avec le monde des esprits et des ténèbres, même sans réelle volonté occulte, cela est malsain», dénonce Françoise Pastoris, en soulignant également l’ombrage dommageable que Halloween fait depuis de nombreuses années à la Fête de la Réformation, Luther ayant placardé ses thèses à la porte de l’Église du château de Wittenberg un 31 octobre 1517. 

Parler de la mort aux enfants

Bien que ludique, cette tentative d'exorciser la mort, ou en tout cas d'en aborder la question avec les enfants, a l'effet inverse selon Stéphane Klopfenstein: «Certes, il faut leur parler de la mort, mais pas en la singeant. Il vaudrait mieux la respecter, d’autant que ces personnages infernaux qui font les déguisements d’Halloween ne donnent pas l’image d’un au-delà positif, glorieux et paisible comme celui auquel nous, chrétiens, croyons.»
Pour l’abbé François-Xavier Amherdt, notre société «complètement sécularisée» s’égare dans ces représentations monstrueuses dont on ne devrait finalement pas rire. «Sorcières, fantômes, revenants, morts-vivants… c’est tout ce que la foi chrétienne "exorcise" pour éveiller l’être humain à sa liberté foncière et à sa dignité, comme personne créée à l’image de Dieu.»

Halloween au service de l’Évangile?

Si certains chrétiens se scandalisent devant Halloween, d'autres ont choisi de s'en servir...  À l’instar du Vaudois Timothée Gerber, engagé dans Les Fabricants de Joie, mouvement de rassemblement interconfessionnel, qui a créé l’année passée un jeu vidéo pour les enfants intitulé «Halloween, dis adieu à la mort». «Jésus était venu pour que la mort n’ait plus de pouvoir sur nous et Halloween ne fait que de parler de la mort », formule-t-il tout de go. «Mon envie n’était pas de produire une critique de Halloween. Au contraire, j’ai choisi cette fête à laquelle tout le monde participe, chrétiens et non chrétiens, afin d’évangéliser et de mettre ceux qui le voudraient, sans obligation, sur le chemin de Dieu.»
Pour le jeune homme, son jeu, à télécharger gratuitement Internet, est un outil qui veut tenter de recréer du lien entre la spiritualité et les gens, l’Église ayant selon lui perdu de son attraction auprès des jeunes et moins jeunes générations.  «À un certain moment du jeu survient ce message d’espérance. Il en va de  la responsabilité de chacun de le rejeter, d’en prendre une partie ou de l’embrasser complètement.» Un algorithme analyse ainsi les réponses du joueur, et, en fonction de ses réponses, le jeu de Timothée Gerber est capable de comprendre tout seul s’il y a chez l’utilisateur une soif de connaître Jésus. Si c’est le cas un menu spécial apparaît qui donne des pistes pour apprendre à connaître la Bible, apprendre à prier et lire des témoignages pour savoir comment Dieu a agi dans la vie de certains convertis. «Mais ceux qui ne veulent que du fun ne seront pas dérangés par tout cela. Le jeu le saura.»

halloween-game.com