L'injustice climatique: une réalité avérée

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De 2008 à 2014, 184,4 millions de personnes ont dû fuir à cause d'inondations, de tremblements de terre, de tempêtes tropicales ou de sécheresses, soit une personne par seconde.
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L'injustice climatique: une réalité avérée

Réchauffement
Alors que les manifestations en faveur du climat battent leur plein, un constat s’impose: les plus défavorisés sont les premiers à subir les effets du réchauffement. Explications.

En Suisse, le changement climatique est ressenti par les producteurs. En plaine, les maraîchers constatent qu’hivers trop courts ou températures trop élevées «stressent» certains plants. Ils cultivent alors d’autres variétés. Dans les alpages, il a fallu le recours de l’armée pour faire face à la sécheresse. Producteurs de lait et autorités réfléchissent désormais aux infrastructures à mettre en place.

Inégalités

Ces histoires montrent qu’en Occident nous disposons de moyens pour faire face aux changements climatiques. Il en va bien autrement dans d’autres régions du globe. «Les populations les plus touchées par le changement climatique et son impact sont pour la plupart défavorisées, et issues de pays non industrialisés», explique Tina Goethe, responsable de l’Equipe droit à l’alimentation pour Pain pour le prochain. Si les pronostics précis sont difficiles à établir, une chose est certaine: «Les études montrent que le changement climatique entraîne des sécheresses, des irrégularités météorologiques, des phénomènes extrêmes», poursuit-elle. Ce sont donc les populations qui ont le moins contribué à l’émission de CO2 qui en subissent les plus violentes conséquences. Tina Goethe s’appuie entre autres sur une récente méta-étude du GIEC, groupement intergouvernemental sur l’évolution du climat, qui fait autorité en la matière.

Risques accrus

Ce même travail souligne une autre inégalité: dans les régions tropicales et subtropicales, un changement de température a des conséquences bien plus importantes que sous nos latitudes. Selon une étude du MIT (Massachussetts Institute of Technology) de 2017, l’une des régions les plus à risque est l’Asie du Sud-Est, qui, au rythme actuel, pourrait devenir inhabitable d’ici 80 ans, en raison de la combinaison de chaleur et d’humidité.

Face à ces injustices, les organisations de solidarité ont réagi de deux manières. L’aspect technique tout d’abord. Pain pour le prochain et ses partenaires ont ainsi conduit des ateliers climatiques –47 projets dans 26 pays. Au cours de ces rencontres, les cultivateurs ont pu apprendre les principes de base d’agroécologie ou d’agriculture climato-résiliente: régénération des sols pour y stocker du CO2, reboisement… autant d’outils pour rendre les cultures plus robustes. Reste que ces méthodes, pratiquées depuis des dizaines d’années, paraissent infimes si rien ne change par ailleurs.

C’est pourquoi la lutte porte désormais aussi sur le plan juridique. En effet, le changement climatique impacte le droit à la vie, à l’alimentation, à la santé, à l’eau, à l’hygiène, et au logement. Des droits pourtant garantis par le Pacte des Nations unies relatif aux droits de l’homme. Et aujourd’hui brandis face aux Etats, alors que les effets du changement climatique sont prouvés, connus, et ressentis aussi dans les pays du Nord. 

Engagements dans la loi

En Suisse, c’est dès 2016 que l’Association des aînées pour la protection du climat a intenté le même processus, estimant que les efforts consentis par la Confédération pour le climat étaient «insuffisants».

D’autres projets sont en cours: l’initiative des glaciers, portée ce printemps par l’Association suisse pour la protection du climat qui vise à inscrire dans la loi les engagements pris par la Suisse lors de l’accord de Paris, et à réduire les émissions de CO2. Ou le désinvestissement, pour demander aux acteurs publics et privés de retirer leurs placements dans les énergies fossiles

Ressources

www.ainees-climat.ch / www.protection-climat.ch. www.alliance-climatique.ch / www.painpourle prochain.ch