Une école protestante, au Levant

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Armenian Evangelical Secondary School Of Anjar / Facebook
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Une école protestante, au Levant

Havre de paix
A la tête, au Liban, d’une école fondée par des missionnaires suisses, le pasteur Hagop Akbasharian a rencontré ses partenaires à Lausanne et Zurich en juin dernier. La guerre en Syrie a eu un impact important sur son établissement.

Dans la vallée de la Bekaa, au Liban, Anjar est un site connu des touristes et des archéologues pour ses vestiges d’une mystérieuse cité omeyyade. Mais ce village de 5500 habitants est aussi un bastion de la communauté arménienne, très présente au Liban, qui s’y est installée dans les années 1940. D’un camp de réfugiés, Anjar est devenu un village coquet où Hagop Akbasharian dirige une école de 200 élèves, dont 76 résidents. L’internat est principalement financé par le Christlicher Hilfsbund à Zurich. Mais l’institution protestante est aussi soutenue par DM-échange et mission, à Lausanne. Une année de scolarité représente 3900 francs par enfant, somme inatteignable pour les familles.

Anjar a toujours offert une scolarité de qualité. Hagop Akbasharian s’emploie à poursuivre cette dynamique. Il a développé un ‹programme d’éducation personnalisé› pour les enfants avec des besoins particuliers. 65 personnes travaillent au quotidien dans l’établissement, dont des professionnels hautement qualifiés (psychothérapeutes, thérapeutes du langage…). Depuis 2015, le conflit syrien a quelque peu éprouvé cette petite communauté.

Comment la crise syrienne a-t-elle touché votre école?

Nous avons accueilli des enfants syriens, 10% de notre effectif, un chiffre fixé par les autorités. Ces jeunes venant d’une situation de crise, pas équipés pour intégrer le système éducatif libanais, ont dû apprendre l’anglais, être accompagnés dans leurs traumatismes, leurs besoins affectifs, et pour trouver leur place dans le parcours scolaire. Socialement, leur présence a représenté un défi. En effet, l’aide financière accordée précédemment à des familles libanaises a été redirigée par les organisations internationales vers les Syriens. Or, un des critères d’attribution, le fait de vivre en tente, est problématique. En effet, on constate que certaines familles sous tentes obtiennent plus d’argent que d’autres qui se ruinent pour payer un loyer. Ces inégalités créent des tensions entre Libanais et réfugiés.

Ces tensions sont-elles aussi dues à des différences religieuses?

Oui, il y a un problème de culture et de religion. Anjar est un village chrétien, entouré de villages musulmans, et les réfugiés syriens sont musulmans. Or les chrétiens savent qu’Anjar est une perle très convoitée par ses voisins et ont peur de la voir disparaître. Les chrétiens d’ici craignent, par exemple, que leurs enfants épousent des musulmans, qui auraient appris l’arménien dans notre école! Aussi, accepter 10% de réfugiés est un taux raisonnable, que je dois m’efforcer de ne pas dépasser pour maintenir la stabilité de la région. Les Arméniens sont une communauté très fermée, en raison de leur histoire.

Qu’est-ce qui guide votre engagement?

Je crois que tout être humain a le droit à une chance dans sa vie. Nous aidons nos élèves – quelle que soit leur religion, évidemment – à trouver le domaine dans lequel ils sont bons et à s’y épanouir. (…) Au risque de paraître ‹cheesy›, mon modèle reste Jésus-Christ, car il a toujours pensé hors des codes de son temps et redonné aux humains qu’il a croisés leur vraie valeur, et élevé ceux qui étaient placés au plus bas de la hiérarchie sociale. Dans mes prêches, j’apporte des connaissances bibliques et théologiques, mais à mon sens elles ne valent rien si elles ne sont pas traduites dans la vie pratique. Les valeurs bibliques, si elles ne sont pas vécues dans la vie quotidienne, nous conduisent simplement à être une personne «double». 

Infos: www.hilfsbund.ch, www.dmr.ch et la page Facebook: www.pin.fo/ecoleanjar

Réfugiés syriens: une question épineuse

Avec 1,5 million de réfugiés syriens pour 4,5 millions d’habitants, le Liban a été le pays le plus affecté par le conflit syrien. La vallée de la Bekaa a accueilli 40% de ces déplacés. Les infrastructures libanaises déjà fragiles en temps normal se sont retrouvées dépassées. L’Unicef et l’Union européenne ont financé plusieurs programmes d’aide sur place. Mais le vrai problème concerne le marché du travail et les droits sociaux, sur lesquels peu de données fiables existent. Celui-ci est touché par l’émigration de jeunes diplômés et l’immigration. L’institut français du ProcheOrient souligne la complexité de la problématique: «La pression sur le marché de l’emploi pèse sur tous, étrangers et nationaux, et les bas salaires et l’absence de protection sont loin d’être réservés aux premiers.» Enfin, la perception des Syriens au Liban reste problématique, car marquée par des années d’occupation du Liban par la Syrie (1976-2005). En 2013, 82% des Libanais se déclaraient mal à l’aise face au mariage de l’un des leurs avec un Syrien.

Source: L'Express, ifpo.hypotheses.org