Un musée de cire biblique — un cadeau pour les amateurs de kitsch

©Religion News Service/Paul Vernon
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Une représentation du Sermon sur la montagne
©Religion News Service/Paul Vernon

Un musée de cire biblique — un cadeau pour les amateurs de kitsch

Emily McFarlan Miller / RNS
11 octobre 2018
États-Unis
Figurant dans divers guides touristiques, BibleWalk est une collection de plus de 300 figures de cire représentant des personnages bibliques, parfois sous les traits de stars.

Au musée de cire BibleWalk (balade biblique) à Mansfield, Ohio, les visiteurs peuvent voir Jésus, Moïse, Paul et quelques autres personnages bibliques. Ils peuvent même y trouver Tom Cruise.

Mais BibleWalk est bien plus qu’une attraction secondaire proposée aux touristes voyageant entre New York et Chicago. Pour les fidèles de la cathédrale Diamond Hill, le musée qui se situe sur le terrain de leur communauté, est une «œuvre d’amour». Des bénévoles assurent les visites guidées, créent les costumes pour chaque personnage, peignent les fresques murales et enregistrent les bandes sonores et la narration pour chacune des 80 scènes bibliques de l’exposition.

«C’est plus qu’une attraction, c’est un ministère», confie Julie Mott-Hardin, directrice de BibleWalk. L’idée de créer ce musée est née quand le pasteur Richard Diamond de la cathédrale Diamond Hill, et sa défunte femme Alwilda, ont participé à une campagne d’évangélisation à Atlanta en Géorgie au début des années 1970. Ils avaient visité ce qui est décrit dans le livret de présentation de BibleWalk, comme un musée historique qui avait comme scène finale Jésus montant au ciel tel que décrit dans les Évangiles. Cette visite a donné au pasteur une idée. «Chérie, est-ce que ça ne serait pas génial si un jour nous pouvions construire un musée biblique?», relate la brochure promotionnelle.

C’est ainsi que le «Musée de la Bible vivante», aujourd’hui connu sous le nom de BibleWalk, a ouvert ses portes en 1987. Plusieurs visites guidées sont proposées. Chacune dure entre une demi-heure et une heure et permet grâce à un parcours au travers des trois bâtiments du musée d’aborder des thèmes tels que les miracles de l’Ancien Testament, la vie de Jésus, La Réforme, les martyrs, la grâce ou les voyages de Paul. Un sixième parcours, le Royaume de Dieu, s’ouvrira en été 2019 et montrera les enseignements et les paraboles de Jésus. Le bâtiment abrite aussi «Dîner avec grâce», un café-théâtre sur le thème de la Bible.

Des stars recyclées en personnages bibliques

Beaucoup des figures de cire présentes à BibleWalk proviennent de musées de cire qui ont fermé. Ce genre de divertissement ne fait plus beaucoup recette aujourd’hui. D’autres modèles ont été achetés chez des fabricants de figures de cire qui avaient des surplus, généralement à prix réduit.

Les organisateurs ont ainsi pu trouver des figures de cire de réformateurs. Martin Luther vient par exemple du musée de cire de Potter en Floride, le plus grand du genre aux États-Unis, selon Julie Mott-Hardin. La cène, que l’on voit dans la vie de Christ, provient quant à elle de chez Madame Tussaud, déclare la directrice.

Mais pour d’autres mises en scène, ce sont des statues qui incarnaient un tout autre personnage qui sont réutilisées. «Oui, on y retrouve aussi des célébrités», confirme la directrice. Ainsi en 2015, les projecteurs se sont braqués sur le musée quand le Daily Mail a publié un article après avoir identifié le double en cire du prince Philip jouant les ressuscités dans une scène du Jugement dernier. Julie Mott-Hardin se souvient que même le comédien Jimmy Fallon en a fait une blague dans son show télévisé. «Les gens identifient correctement certaines des célébrités en cire qu’ils pensent avoir vues à BibleWalk, mais ils se trompent aussi parfois», raconte-t-elle. «Dans certains cas, le musée ne possède même pas ce personnage.» Elle conclut: «ce n’est pas le genre de publicité que nous désirons, mais nous n’aurions pas assez d’argent pour nous acheter une telle notoriété.». Elle a toutefois refusé d’organiser des visites guidées sur le thème de la nouvelle vie des célébrités.

«C’est Dieu qui envoie chaque personne ici» 

Julie Mott-Hardin se décrit comme une des «hippies originales» qui est devenue chrétienne en 1971 dans la première Église de Richard Diamond qui s’appelait Faith Revivals (Réveils de la foi). Pour elle, peu importe ce qui fait venir les gens à BibleWalk. Elle dit avoir vu des gens émus aux larmes, une fois à l’intérieur. Ils sont touchés par l’expérience de voir les montages de scènes bibliques. Elle et les bénévoles qui font les visites dans le musée demandent volontiers si quelqu’un souhaite parler ou a besoin de prière. «Dans nos cœurs, nous croyons que c’est Dieu qui envoie chaque personne ici, donc je veux m’assurer — autant que possible — qu’ils expérimentent ici tout ce que Dieu veut qu’ils vivent», explique-t-elle.

Un dimanche après-midi ensoleillé de fin septembre, environ 40 visiteurs sont venus à BibleWalk. Un groupe de quatre adultes parcouraient la vie de Christ, et ils chuchotaient qu’ils reconnaissaient l’histoire alors qu’un guide en uniforme illuminait chaque scène en pressant un bouton. On voit des éclairs à l’arrière-plan de la scène représentant la crucifixion de Jésus. La poitrine de la fille de Jaïrus monte et descend tandis que Jésus ordonne à la fille décédée de se lever. Des enfants habillés pour représenter «chaque race, croyance et nation» entourent Jésus dans une des seules scènes qui n’ont pratiquement pas changé depuis que le musée de cire a été inauguré il y a plus de 30 ans.

Une pratique apparue au XIXe siècle

Il existe de nombreuses attractions qui comme BibleWalk, tentent de retenir une heure les voyageurs se rendant vers des attractions plus importantes, d’après Timothy Beal, directeur du Département des études religieuses à l’université de Case Western Reserve, et auteur de «Roadside Religion: In Search of the Sacred, the Strange, and the Substance of Faith» (Religion de bord de route: à la recherche du sacré, de l’insolite et de la substance de la foi). Leur popularité date du XIXe siècle, à la suite d’une représentation de Jérusalem construite sur une surface d’environ un demi-kilomètre carré à la Foire mondiale de St-Louis, beaucoup d’Églises ont construit de telles représentations sur leurs terrains, raconte Timothy Beal. «Les gens avaient vraiment comme objectif de former les chrétiens en leur faisant connaître la géographie des lieux bibliques — d’en connaître l’histoire et de savoir où les événements racontés dans les textes se sont déroulés», explique-t-il.

Même si c’est un peu ringard et kitsch dans un premier temps, tu te rends compte que tu es là comme invité et que cette personne t’accueille, non seulement dans cet espace, mais qu'elle elle te permet aussi d’entrer dans sa propre expérience religieuse
Timothy Beal

Avant d’aller visiter «Holy Land USA» pour ses recherches — une maquette aujourd’hui fermée qui se trouvait dans le county de Bedford en Virginie — Timothy Beal pensait que ce serait difficile de ne pas en rire, mais il a rapidement appris à prendre les organisateurs de ces attractions au sérieux. Le chercheur a été frappé par la sincérité de la foi des personnes qui gèrent ces sites, explique-t-il. «Même si c’est un peu ringard et kitsch dans un premier temps, tu te rends compte que tu es là comme invité et que cette personne t’accueille, non seulement dans cet espace, mais qu'elle elle te permet aussi d’entrer dans sa propre expérience religieuse et dans sa vie personnelle,» confie-t-il. C’est cela qui bouleverse aussi beaucoup des invités qu’il a rencontrés sur ces sites.

C’est l’expérience que Paula Baker de North Ridgeville, Ohio, a vécue quand elle a visité BibleWalk avec une amie, après qu’un collègue non chrétien leur a raconté avoir été impressionnée par sa visite quelques semaines avant. Baker, qui est catholique, a suivi le parcours sur la vie de Paul, un des premiers disciples juifs de Jésus, qui a écrit beaucoup des lettres dans le Nouveau Testament et dont l’histoire se trouve dans le livre biblique des Actes. Elle a lu ces histoires et lettres de nombreuses fois, dit-elle. «Mais de les voir — on s’y croit réellement. On se retrouve dans l’époque», affirme-t-elle.