Mourir, certes, mais à la maison

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Mourir, certes, mais à la maison

10 décembre 2009
Genève - En Suisse, plus de 80% des personnes rendent leur dernier souffle à l’hôpital ou en EMS. Mais
si elles avaient le choix, près des deux tiers d’entre elles préféreraient mourir à la maison, selon un sondage de l’Organisation Mondiale de la Santé. Avec le projet genevois « La maison de Tara », ce souhait pourrait devenir réalité.

Souvent les personnes en fin de vie sont transportées à l'hôpital pour franchir la dernière étape, constate Anne-Marie Struijk, directrice de la Fondation de la Maison de Tara. Actuellement, grâce au développement des soins à domicile, les personnes peuvent rester plus longtemps à la maison. Mais ni le personnel de soins à domicile, ni les bénévoles ne sont en mesure de rester 24 heures sur 24 pour veiller une personne dans ses dernières heures. C'est pour cette raison et non pour des motifs médicaux que la personne proche de la mort sera finalement transportée à l'hôpital. Alternative à l'hospitatlisation Or, estime Mme Struijk, l’hôpital n’est pas forcément le meilleur endroit pour mourir. Les personnes qui vivent leurs dernières heures ont besoin d’une présence bienveillante et continue. Or le personnel des hôpitaux est là pour prodiguer des soins, non pour veiller.

Mais outre les hôpitaux et les EMS, les structures de soins palliatifs existent. Qu'apporte le projet de Mme Struijk? " Bien sûr, des lieux comme Rive-Neuve à Villeneuve et la Fondation Chrysalide à La Chaux-de-Fonds, pour ne citer qu'eux, font un travail magnifique pour des personnes en fin de vie, mais ces structures s'adressent à des personnes souffrant de graves pathologies".

Ce n'est pas le cas avec le projet de la maison de Tara. Celle-ci offre un accueil et un accompagnement, aussi bien du patient que de ses proches, pour des personnes dont la situation nécessite des soins médicaux simples. "Nous ne voulons pas entrer en compétition avec les entités existantes, a-t-elle expliqué à ProtestInfo. Nous proposons simplement une alternative à l'hospitalisation en fin de vie".

Ce projet s'inspire d'un modèle développé en Hollande, qui compte déjà 68 maisons de ce genre. Il s'agit de quelques lits (3-6), comme à la maison. Des bénévoles s'y succèdent et veillent la personne sur le point de mourir. Les bénévoles soutiennent aussi les familles, souvent épuisées. La personne en fin de vie continue de bénéficier des soins des infirmières à domicile comme du contact avec son médecin traitant habituel.

Soutien mutuel

"On y pleure beaucoup, mais on y rit aussi", explique Mme Struijk. "Les familles, qui s'y côtoient, peuvent se soutenir entre elles. Cela leur permet de sortir de l'isolement de la souffrance".

Selon les données de l'Office fédéral de la statistique, le nombre de personnes, âgées de 80 ans et plus, grimpera en flèche (+ 86%) entre 2005 et 2030. Les besoins d'accompagnement seront donc aussi en progression constante.

Le bon samaritain Ce type de petite structure n'est pas encore développé en Suisse. En Suisse romande, une maison, appelée « Le bon samaritain », y ressemble. Installée à Payerne depuis 2004, elle est gérée par un moine et une moniale orthodoxe russe.

Que signifie Tara? Dans le bouddhisme, Tara est la représentation féminine de la compassion, a expliqué Mme Struijk, elle-même bouddhiste. Ce qui est particulièrement adapté à son projet, puisqu'il sera largement porté par des bénévoles, en grande majorité des femmes.

Mais Tara est un nom aux références multiples. Dans la tradition juive, « faire tara » signifie accomplir la toilette funéraire. Dans la mythologie celtique, Tara est la capitale de l'Irlande. Pour les personnes aux références plutôt cinématographiques, Tara, c'est la grande plantation de coton dans laquelle vient se réfugier Scarlett O'Hara, l'héroïne d' « Autant en emporte de vent ».

Pour que ce projet soit viable, le budget est évalué à un million de francs pour cinq ans. Mme Struijk rêve d'ouvrir la première maison à Genève à l'automne 2010. Une cinquantaine de bénévoles, qui sont en train d'être formées, via la Fondation de la Maison de Tara, auront terminé leur cursus.

 

Liens

La maison de Tara
La maison du bon samaritain