«Jamais avant le mariage», une soirée cabaret qui revisite les relations amoureuses d’antan

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«Jamais avant le mariage», une soirée cabaret qui revisite les relations amoureuses d’antan

Joël Burri
26 septembre 2014
Dans les années 1960, les Eglises réformées distribuaient aux jeunes paroissiens un petit ouvrage intitulé «avant le mariage». Décliné en version fille ou garçon, il rappelait quelques valeurs importantes telles que l’abstinence. Ce document sert aujourd’hui de fil rouge à un spectacle mêlant chansons — plutôt coquines — sketches et lectures.

Photo: Les livres «avant le mariage», en vert édition fille, en rouge garçon

«Jusque dans les années 1950 et 1960, la plus grande peur des parents c’était que les jeunes filles tombent enceintes. Vers 16 ans, la seule sortie autorisée, c’était le groupe de jeunes paroissiens. Je me souviens que cela finissait vers 22h, et qu’à 22h05 j’avais intérêt à être rentré à la maison. Ça laissait peu de temps pour fréquenter», sourit le pasteur et brocanteur François Reymondin. C’est justement comme jeune paroissien veveysan qu’il a reçu, en 1961 «Avant le mariage», un petit guide de bonne conduite, décliné en deux éditions fille et garçon, produit par l’Eglise réformée évangélique du Canton de Neuchâtel et distribué par différentes Eglises dont l’Eglise nationale vaudoise. Ensuite, la pilule contraceptive est arrivée. «Le déclin de groupe de jeunes paroissiens a été causé par l’arrivée de la pilule!»

«J’ai gardé contact avec le pasteur qui m’avait remis ce livre. Je lui ai demandé si à l’époque ils croyaient vraiment à ces principes», explique François Reymondin. «Et il m’a raconté cette anecdote: un jour alors qu’il était allé chercher des exemplaires de l'ouvrage au secrétariat central de l’Eglise, il avait surpris les deux secrétaires, une jeune et une âgée qui se bidonnaient en le parcourant!»

Ancien groupe d'animation d'Eglise

Ce bouquin marquant sert aujourd’hui de fil rouge au spectacle des Chantres. Un groupe fondé en 1995 par François Reymondin alors aumônier de jeunesse. «J’avais réuni des jeunes avec une bonne formation musicale dans le but de faire un quintet à cordes et un quatuor vocal pour animer des célébrations. Je les avais choisis davantage sur leurs compétences musicales que sur leurs convictions religieuses. Mais à l’époque, ils sont allés plus souvent au culte que bien des jeunes qui se disaient croyants.» Au milieu des années 2000, le groupe a réorienté ses activités sur le théâtre en créant des spectacles où la musique garde toutefois une place importante.

«Même si on peut aujourd’hui sourire, voire rire de “avant le mariage”, nous restons très respectueux. Nous ne posons pas de jugement, car finalement on se demande si c’est vraiment mieux aujourd’hui», prévient François Reymondin. «Il s’agit un peu d’un spectacle de cabaret où alternent des lectures d’extraits de “avant le mariage” sur un ton un peu déclamatoire, des chansons, plutôt coquines, des Quatre Barbus, des Frères Jacques ou de Boris Vian, ainsi que des sketches basés sur des récits de personnes qui se sont mariées durant les années 1950-1960.»

La non-information des jeunes sur la sexualité

De nombreux couples ont, en effet, été interviewés. Les anecdotes qui ressortent de ces entretiens ont servi de trames à des mises en scène. «Une chose qui ressort de cette enquête est l’absolue non-information sexuelle des jeunes de cette époque, glisse François Reymondin. Alors que j’interrogeais un couple issu d’un milieu pourtant rural, on m’a dit “On n’avait même pas fait la relation entre ce que faisaient les animaux et nous!”» Un autre élément frappant est la détermination des rôles des hommes et des femmes. «Un couple où, avant le mariage, la femme, institutrice, gagnait près de trois fois plus que l’homme, vigneron, m’a raconté comment il était exclu que ce soit Monsieur qui renonce à son travail.»

«Pour le décor, nous avons fait très sobre: quelques éléments rappellent cette époque. Une table en formica et un téléphone», explique François Reymondin. «A notre époque où chacun peut s’isoler pour répondre à son téléphone portable. On oublie qu’alors le téléphone trônait au milieu d’une pièce commune. On téléphonait au vu et à l’écoute de tous.»

L’avis du sociologue

«Dans les années 1950, la sexualité avant le mariage était très mal vue. Une des pires choses qui pouvait arriver c’était qu’une fille tombe enceinte», rappelle Jörg Stolz, professeur de sociologie de la religion à l’Université de Lausanne confirme. «Mais le modèle du “couple bourgeois” reçoit un coup durant les années 1960. Il y aura la libération sexuelle, et une augmentation du nombre de personnes qui restent célibataires. La libération de la femme n’aura, quant à elle, lieu que plus tard.» Pour le sociologue, ce renouveau est rendu possible par le boom économique. «Les jeunes ont alors eu de l’argent et on commencé à devenir des consommateurs. Ils ce sont distanciés de la génération de leurs parents: ils ont eu leur musique de jeunes, leurs vêtements de jeunes. C’est un nouveau modèle de société individualiste et axé sur la recherche du plaisir qui voit le jour.»infos pratiques

«Jamais avant le mariage»

Vendredi 26 septembre à 20h15, samedi 27 septembre à 20h15, dimanche 28 septembre à 17h, vendredi 3 octobre à 20h15, samedi 4 octobre à 20h14 et dimanche 5 octobre à 17h, ancienne salle du jeu de quilles au restaurant du Grütli à l’Isle (VD). Des supplémentaires sont prévues.

Réservation au 021 864 40 52 ou par e-mail: fmcl.reymondin arobase bluewin.ch. 20 francs la place (10 francs pour les enfants)

La troupe est composée de Bashùsha Gonvers, Aloïs et Sébastien Krauer, Jessica et Létissia Perrin, Aurélie, Marie-Claude et François Reymondin, Jacky, Martin et Sarah Vantalon, Elodie et Patrick Wulliens, Gilliane et Emmanuel Zanoni.