L'essor des figures globales

© Anders Hellberg wikimedias
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L'écolière suédoise Greta Thunberg
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L'essor des figures globales

Les engagements de nos contemporains débordent des frontières dans lesquelles s’inscrit la politique classique. Ils sont généralement portés par une personnalité médiatique. Interview de Sandro Cattacin, professeur de sociologie à l'Université de Genève.

Les outils démocratiques traditionnels tels que les partis semblent en déclin. A quoi attribuez-vous cette crise ?

SANDRO CATTACIN Nous assistons depuis une trentaine d’années à une crise des idéologies. Nous, comme individus, ne nous reconnaissons plus dans de grands modèles de société. Il nous est difficile de nous reconnaître comme catholique ou membre de tel ou tel parti. On change de parti, on ne vote pas, l’engagement est devenu très volatil. A cela s’ajoute le fait que les partis vivent sur un territoire alors que les individus sont systématiquement incités sur les médias sociaux à s’engager pour des combats extraterritoriaux. Ce qui semble évident, c’est que les causes qui semblent marcher le mieux sont incarnées par des personnes de facile médiatisation. L’écolière suédoise Greta Thunberg en est un exemple, elle est le visage des grèves pour le climat. Mais ce n’est pas la seule. Une personne comme Barack Obama, même s’il était contesté dans son pays, est devenue l’une de ces figures globales.

Est-ce que cela signifie que les réseaux sociaux jouent un rôle important dans cette dynamique ?

Les réseaux sociaux n’ont pas rendu possibles ces mouvements, mais ils ont été un incroyable accélérateur. Une figure comme Martin Luther King a pu mener son combat avant les réseaux sociaux, mais il n’était certainement pas aussi connu de ses contemporains qu’un Barack Obama.

Les causes qui semblent marcher le mieux sont incarnées

Mais quelle est l’efficacité de ces combats menés hors du cadre établi ?

Pour répondre, il faut regarder à plusieurs niveaux. Pour un mouvement populiste qui vise à atteindre le pouvoir, cela semble efficace. Donald Trump, par exemple, a su utiliser habilement ces outils pour se faire élire. Par contre, si l’on pense à des mouvements plus idéaux qui ne visent pas le pouvoir, mais faire avancer une cause, la question est autre. Les mouvements sociaux sont difficiles à institutionnaliser et du coup ils s’abattent sur des opportunités qui se présentent: un vote, une élection proche, un événement ou un lieu symbolique. En Suisse, nous avons les votations qui canalisent facilement ces mouvements. Un scrutin peut assurer une visibilité pour un thème et pour un mouvement c’est une opportunité facile à saisir qui lui permet aussi de s’éteindre une fois le verdict des urnes connu.

Pour aller plus loin…

Une histoire politique de la démocratie directe en Suisse, par Olivier Meuwly, Editions Livreo-Alphil, Neuchâtel, 2018, 132 p.

Défendre la démocratie directe: sur quelques arguments antidémocratiques des élites suisses, par Antoine Chollet, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne 2011, 129 p.

Inventer la démocratie du XXIe siècle – L’Assemblée citoyenne du futur, collectif, Les liens qui libèrent, Paris 2017, 87 p.

Passé simple – Quand les Suisses tiraient au sort – Le hasard en politique, Mensuel romand d’histoire et d’archéologie, no 43, mars 2019.

Young adult Survey Switzerland Le 2e volume de cette enquête de la Confédération sur les valeurs des jeunes suisses sort d’ici quelques jours. www.chx.ch/fr/yass.

Conférence

Les populismes vont-ils détruire l'Europe? Conférence de Pierre Rosanvallon, historien et sociologue au Club 44, Rue de la Serre 64, La Chaux-de-Fonds. Mardi 7 mai 20h15. Infos : www.club-44.ch