Ces protestants qui nous gouvernent

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Ces protestants qui nous gouvernent

26 octobre 2010
Comme représentant du protestantisme, je suis sensible à toute manifestation de cette culture dans le grand public. J’ai noté par exemple que cinq personnalités politiques occidentales de premier plan parmi celles qui ont exercé le pouvoir entre 2000 et aujourd’hui sont fils ou filles de pasteurs : Christophe Blocher, Moritz Leuenberger, Angela Merkel, Gordon Brown et Condoleezza Rice.

Chronique par Gabriel de Montmollin


A force de devoir sempiternellement entériner les constats sociologiques sur la décrépitude des Eglises traditionnelles, un tel constat fait du bien. Les héritiers de Calvin ne sont pas toujours losers. Mais chassez le naturel, il revient au galop. Parmi ces cinq enfants de pasteurs au pouvoir, quatre sont désormais hors course et la cinquième, à la tête de l’Allemagne, n’est pas au mieux dans les sondages.

Et puis une nouvelle génération de tels leaders protestants ne semble pas se profiler dans le proche avenir. Cela dit, aucun de ces cinq dirigeants n’a revendiqué publiquement un héritage protestant. Mais comme celui-ci se traduit par une attention scrupuleuse à bien démarquer la vie spirituelle de l’activité politique, de tels silences confirmeraient précisément une influence de la Réforme chez ces cinq héritiers prestigieux.

A ma connaissance, seul Christophe Blocher, qui n’est pas le plus social des réformés, a confié publiquement qu’il lisait chaque jour quelques phrases du commentaire de Karl Barth à l’Epître aux Romains, inclination qui confirme le peu d’influence du privé sur le public dans cette culture, si l’on se souvient des orientations plutôt à gauche du grand théologien bâlois.

Posons néanmoins que le protestantisme politique s’étalonne sur un champ défini à droite par la liberté et à gauche par la solidarité, deux valeurs dont le protestantisme peut faire valoir un certain droit d’inventaire et de copyright. Posons néanmoins que le protestantisme politique s’étalonne sur un champ défini à droite par la liberté et à gauche par la solidarité, deux valeurs dont le protestantisme peut faire valoir un certain droit d’inventaire et de copyright. Très à droite, vers la liberté, on peut mettre Christophe Blocher, plus sensible à garantir son ultra libéralisme d’entrepreneur qu’à sacrifier ses intérêts au profit de la communauté.

Proche de lui, Condoleezza Rice, femme politique noire parvenue au pouvoir grâce au fighting spirit d’un protestantisme où l’on se fait soi-même sans compter systématiquement sur les autres. Dans ces parages également, Angela Merkel dont le pasteur de père fut un militant actif pour la liberté en Allemagne de l’Est dans les années 70. Nul doute qu’il en reste quelque chose.

Vers la solidarité enfin, l’Anglais Gordon Brown, grand argentier resté trop longtemps au pouvoir pour avoir pu résister à l’érosion des idéaux, ce qu’on peut aussi dire de Moritz Leuenberger qu’on a peu souvent surpris en train d’enflammer les foules pour l’avènement du grand soir. Il est vrai qu’un homme ou une femme politique n’est pas un prédicateur.

Aujourd’hui, il vaut mieux prêcher par l’exemple plutôt que par le verbe. Etre efficace, bien sur soi, sans excès, politiquement correct. Incarner l’héritage du protestant intègre, celui du pasteur puritain et sévère qu’on a peut-être eu comme père. En définitive, soigner son image d’Epinal.

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