Sarajevo: un cardinal déplore la «disparition des chrétiens»

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Sarajevo, capitale de la Bosnie-Herzégovine.
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Sarajevo: un cardinal déplore la «disparition des chrétiens»

23 avril 2012
Le chef de l'Eglise catholique romaine en Bosnie affirme que les chrétiens sont confrontés à un « avenir incertain » dans la capitale, Sarajevo. Le nombre de chrétiens y a chuté d'un tiers au cours des dix dernières années. Des discriminations de la part des autorités municipales, à majorité musulmane, seraient en cause.

« Il est difficile de dire ce qui est arrivé à Sarajevo, depuis longtemps ville de coexistence mutuelle, édifiée au fil de l'histoire par les chrétiens, les juifs et les musulmans », a déclaré le cardinal Vinko Puljić. 

Le cardinal Puljić, 66 ans, a fait le point sur la situation actuelle des communautés religieuses de Sarajevo dans une déclaration datée du 6 avril. Il commémorait le début des quatre années de siège par l'armée des Serbes de Bosnie, il y a vingt ans. Pendant cette période, environ 10 500 habitants de la ville ont été tués.

« Après une guerre aussi violente et insensée, il est difficile de croire que catholiques, orthodoxes, musulmans et juifs puissent continuer à vivre ensemble. A cause des oppositions entre Croates, Serbes et Bosniaques, la réalité de la cohabitation dans cette ville a commencé à faiblir pour finir par voler en éclats », a déclaré le cardinal.

Discriminations croissantes

Avant la guerre de 1992-1995, les catholiques romains représentaient 18% des 4,3 millions d'habitants de la Bosnie-Herzégovine, tandis que les musulmans et les orthodoxes serbes constituaient respectivement 44% et 35% de la population. La guerre a coûté la vie au total à plus de 100 000 personnes et s'est soldée par la création de deux entités principales au sein du pays : une République serbe de Bosnie et une fédération croato-musulmane.



Cependant, les quatre diocèses catholiques ont vu leurs populations fondre au cours des deux dernières décennies. Les responsables de l'Eglise se plaignent de discriminations croissantes de la part des autorités municipales de Sarajevo, dominées par les musulmans, évoquant des problèmes d'obtention de permis pour des activités anodines.



En 2010, l'archidiocèse catholique a accusé les musulmans radicaux d'attiser les tensions interreligieuses après que des membres du conseil municipal ont menacé de détruire un monument dédié au pape Jean-Paul II. L'ancien pape s'était rendu dans la ville en 1997. En janvier 2011, les autorités catholiques du pays ont accusé le conseil municipal de « légaliser les injustices ». Celui-ci avait intimé au cardinal Puljić de céder sa résidence épiscopale à un ancien agent de la police politique communiste qui affirmait en être l'occupant légitime.



« Pleins pouvoirs aux musulmans »

Mgr Ivo Tomašević, secrétaire général de la Conférence épiscopale de Bosnie, à Sarajevo, a déclaré au correspondant d'ENInews qu'en 2011 Sarajevo, ville reconstruite avec le financement de l'Union européenne, était devenue musulmane à 85%, tandis que les chrétiens ne représentaient plus que 2% environ de la population, soit 15 000 personnes.

Il a ajouté que les modifications apportées à l'accord de paix de Dayton de 1995, donnant aux musulmans bosniaques huit postes ministériels dans le gouvernement de la fédération et aux Croates et aux Serbes respectivement cinq et trois postes, avaient octroyé « les pleins pouvoirs » aux musulmans, qui désormais désignent également le président et le Premier ministre du pays.



« Ces changements n'ont cessé de détériorer la situation des chrétiens; nous devrions plutôt veiller à ce que tous aient les mêmes droits partout en Bosnie-Herzégovine », a déclaré Mgr Tomašević au correspondant d'ENInews dans une interview. « Quand les troupes de l'OTAN occupaient notre pays pour le nettoyer des chefs de guerre, elles auraient dû prendre des mesures bien plus radicales pour faire en sorte que tous les groupes ethniques soient traités de façon équitable et juste », a-t-il ajouté.

Dans sa déclaration publiée à l'occasion du vingtième anniversaire du siège de Sarajevo, le cardinal Puljić a affirmé que sa ville pouvait encore devenir un symbole « de paix, d'harmonie et d'égalité » entre chrétiens, musulmans et juifs.