Nous vivons dans un monde très imparfait, mais c’est le nôtre

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Nous vivons dans un monde très imparfait, mais c’est le nôtre

7 janvier 2015
Chaque semaine Protestinfo laisse carte blanche à une personnalité reformée.

Les atrocités de l’actualité font douter Jean Martin, ancien médecin cantonal vaudois, que l’humanité progresse vers le mieux. A l’occasion du Nouvel An, il propose d’y réfléchir.

Photo: CC(by) NASA Goddard Space Flight Center

Nous sommes quotidiennement sous le coup de drames multiples que font connaître les médias. Nous restons souvent incrédules, scandalisés. En dépit des guerres et exterminations qu’a connues le XXe siècle, j’ai vécu une jeunesse et une vie d’adulte avec la notion qu’on pouvait attendre un progrès de l’Histoire; avec notamment, entre les humains, un respect mutuel des différences. Mais le mot de barbarie vient à l’esprit devant certaines atrocités, notamment au Proche Orient ou au Nigéria.

Ceci a pourtant lieu dans un monde globalisé et interdépendant, où il n’y a guère d’endroits dont des habitants n’ont pas voyagé dans des pays éloignés, pour affaires, en touristes ou pour se former. Comment, au début du XXIe siècle, des obscurantistes fanatiques peuvent-ils amener des congénères à se comporter de telle manière?

Dans l’actualité, on pense aussi à la «Guerre à la drogue» que les Etats-Unis ont imposée au reste du monde et qui est un échec avéré, avec pour effets la prospérité de mafias et l’expansion de forces répressives irrespectueuses des droits humains. Dans plusieurs registres, la lenteur des prises de conscience est préoccupante, par exemple la longue surdité politique quant au changement climatique.

Généralement, alors que l’évolution récente nous a apporté une autonomie personnelle très grande, il n’est pas possible d’ignorer les côtés négatifs d’individualismes exacerbés, en opposition franche à plus d’équité.

De quoi donc perdre nos illusions quant à un progrès inéluctable

De quoi donc perdre nos illusions quant à un progrès inéluctable. Il est vrai toutefois que cette appréciation sombre est liée au fait que, aujourd’hui, tout se sait immédiatement partout. Au moins peut-on mettre en question le temps (et progrès) linéaire des Occidentaux –par rapport au temps cyclique de type asiatique.

Dans ce contexte qui laisse désemparé, quelles attitudes prendre? La réalité est que, contrairement au présupposé théorique de beaucoup d’entre nous, ce qui se passe dans nos sociétés advient souvent sur des bases ou motivations irrationnelles. L’émotionnel, le dogmatique, l‘imaginaire dominent la politique voire la sphère financière.

Accepter cette fatalité

Il n’y a pas vraiment d’alternative à accepter cette fatalité, tout en s’efforçant d’en minimiser les effets nuisibles. Ce à quoi les moyens de communication ne nous aident pas, avec l’instantanéité de la transmission universelle du vrai comme du faux, de l’insultant ou du violent. On voudrait être meilleur à distinguer l’important de l‘urgent — qui monopolise indûment l’attention.

Donner du temps au temps quand il le faut. Se souvenir que c’est toujours une défaite que de perdre le contrôle de soi. Faire ce qu’on peut pour que demain soit un peu mieux qu’hier.

Bonne Année!

Quelques maximes

En ouvrant mon agenda 2015, j’ai découvert quelques citations qui m’ont touché.

«Comprendre le monde, ce n‘est pas le posséder, mais lui appartenir.»


Henri Laborit

«Il est fou de vouloir changer le monde, mais il serait idiot de ne pas essayer»

«Pourquoi répéter les erreurs passées quand il y en a tant de nouvelles à commettre?»

Bertrand Russell

«La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres»; ce à quoi Hector Bianciotti répond très justement «C’est dans l’absence de limites qu’on se sent prisonnier»

«Il y a une infinité de choses où le moins mal est le meilleur»


«Il ne faut pas faire par les lois ce qui peut être fait par les mœurs»

Montesquieu

«Perfectionnisme s’épelle p-a-r-a-l-y-s-i-e»